Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Laisser écrire Milo Yiannopoulos : "Supprimer les idées nocives ne les vainc pas"

Elodie Pinguet - 11.01.2017

Edition - International - Milo Yiannopoulos livre - English PEN - NCAC


Après avoir été banni de Twitter et avoir signé un chèque pour son autobiographie, Milo Yiannopoulos est à nouveau au cœur de la tourmente. Alors que son livre s’apprête à sortir, il est largement critiqué et boycotté. Les organismes de défense de la liberté d’expression se sont mobilisés pour soutenir Milo Yiannopoulos.

 

 

 

En mars 2017, le livre autobiographique, Dangerous, qui aura offert un chèque de 250 000 $ à Milo Yiannopoulos sortira dans les librairies américaines. Il est édité par Treshold Editions, une filiale de Simon & Schuster. Un livre attendu et déjà accueilli par appel au boycott, lancé contre l'éditeur d'un auteur d’extrême droite.

 

Très rapidement les acteurs de la défense de la liberté d’expression se sont mobilisés. Ainsi la National Coalition Against Censorship (NCAC) a publié sur son site une déclaration sur le droit de publier, validé par sept autres organismes : l'American Booksellers Association, Association of American Publishers, Authors Guild, Comic Book Legal Defense Fund, Freedom to Read Foundation, Index on Censorship, et le National Council of Teachers of English.

 

Ils soulignent une certaine absurdité de la situation précisant que « les appels au boycott proviennent non pas du contenu d’un livre, qui n’a pas été publié, mais à cause des déclarations précédentes de l’auteur, qualifiées de discours de haine par les critiques ».

 

La NCAC est en accord avec ce droit de boycott d’un livre ou d’une entreprise, mais rappelle tout de même que « les éditeurs et les écrivains ont besoin de la liberté d’exprimer et de diffuser des idées, même si elles sont controversées et offensantes pour certains ». Alors certes le personnage n’est pas populaire à cause de ses idées extrémistes « Alt-right », mais il possède les mêmes droits que tout le monde.

 

Leur appel au calme prône les bienfaits de la discussion : « Supprimer les idées nocives ne les vainc pas, seul un désaccord vigoureux peut contrer le discours toxique efficacement. » La haine et la censure ne permettent pas de résoudre les problèmes : « Sans la liberté d’expression et de réunion, la discussion serait inutile, avec eux la discussion offre une protection habituellement suffisante contre la diffusion des nuisibles. »

 

Mobilisation outre-Atlantique

 

Au Royaume-Uni aussi, les organismes jouent des coudes pour rappeler l’importance de la liberté d’expression. La branche britannique de Simon & Schuster a en effet fait savoir qu’elle ne comptait pas publier le livre de Milo Yiannopoulos. C’est l’association English PEN qui a défendu l’auteur controversé, peu après la publication de la déclaration de la NCAC.

 

Robert Sharp, responsable des campagnes et des communications a déclaré : « Le droit de M. Yiannopoulos d’écrire et d’offenser fait partie intégrante du principe de la liberté d’expression.(...) De même, Simon & Schuster US ont le droit de porter un jugement éditorial sur l’opportunité de publier son livre. Exiger que l’éditeur annule la transaction équivaut à un appel à la censure, et il faut résister. »

 

PEN est connu pour ses campagnes pour aider les victimes de la censure. Ils rejoignent les idées de la NCAC en précisant que « les idées offensives devraient être démystifiées et discréditées, non censurées ».

 

Rowling contre Trump : “Ne laissons pas les discours haineux se normaliser” 

 

La sortie du livre se fera dans la haine et la critique, mais qui sait peut-être que le sujet et le contenu feront changer d’avis des détracteurs qui verront Milo Yiannopoulos d’un œil nouveau. Voilà une mobilisation qui rappelle que la censure n’est pas seulement présente dans les dictatures, mais également dans les pays où devrait régner une puissante liberté d’expression.

 

Après tout, comme J.K. Rowling l’a dit lors du boycott de la visite de Donald Trump à Londres, « Si vous cherchez la suppression des libertés d’un adversaire au seul motif qu’il vous a offensé, vous avez franchi la ligne et vous vous tenez aux côtés des tyrans qui emprisonnent, torturent et tuent exactement sur les mêmes justifications. »

 

 

Via TheBookSeller