Larousse retire de la vente un guide sur la langue bretonne

Julien Helmlinger - 10.02.2015

Edition - Les maisons - Larousse - Dictionnaire - Bretagne - breton


La maison d'édition Larousse, célèbre pour ses dictionnaires de langue française, a dernièrement publié Le Breton dans votre poche, publication qui n'a pas tardé à faire polémique. Le guide commercialisé pour 3,50 euros, 96 pages, devait permettre à ses lecteurs d'« acquérir et réviser l'essentiel du vocabulaire breton ». Sauf que celui-ci est visiblement truffé d'erreurs que n'ont pas manqué de relever les spécialistes. Le dico est désormais retiré de la vente.

 

 

 

Le Breton dans votre poche a été publié le 21 janvier 2015, mais visiblement la vérification des traductions proposées n'a pas été à la hauteur de la tâche. L'auteur du dico, Jean-René Bonnissent, nous apprend notamment que la phrase « Bezañ plijet eo dezhiñ degemer » devrait signifier « Elle aime recevoir », mais en réalité cela ne voudrait tout simplement rien dire pour quelqu'un parlant correctement la langue.

 

Erreurs de syntaxe, mais aussi d'orthographe se seraient ainsi multipliées dans l'ouvrage. Or l'on écorche difficilement le patrimoine historique des régions sans se faire aligner. Certains critiques vont jusqu'à se demander si une traduction automatique par algorithme a été utilisée sans vérification humaine, au cours de la rédaction du dictionnaire. Plusieurs spécialistes se sont exprimés dans le cadre de la polémique.

 

Le vocabulaire serait mieux traité que les phrases toutes faites ou la phonétique, estime Martial Ménard, chroniqueur Ouest-France et contributeur à divers ouvrages sur la langue bretonne, comme Le Breton pour les nuls. Interrogé par France Bleu, Mickaël Bodloré, auteur d'atlas, a prononcé son verdict : « Celle que je trouve la pire est “Peseurt teodoù komz out?”, qui est censée signifier, “Quelles langues parles -tu ?”. “Teod” désigne l'organe qui nous permet de parler, et non la langue parlée qui se dit “yezh”. »

 

À la même antenne, Hervé Sébille-Kernaudour, auteur de dictionnaire et lauréat du Prix de l'avenir de la langue bretonne 2015, en a rajouté une couche : « C'est un scandale absolu de consacrer de l'argent à l'édition et à la diffusion d'un torchon pareil. C'est censé apprendre à la personne, qui aura la naïveté de l'acheter, des phrases de breton correct qui lui permet de converser avec les brittophones de Bretagne. Alors qu'en réalité c'est un tissu de n'importe quoi. Cela ne s'improvise pas la langue bretonne, c'est une langue qui a des règles et que l'on doit respecter. »

 

Un ouvrage finalement retiré du commerce

 

Les réactions d'internautes n'ont pas tardé à s'emparer de Twitter et chacun s'amuse à relever ses fautes préférées. Visant Roué, directeur du pôle étude et développement de l'Office public de la langue bretonne, a déclaré : « Il y a effectivement pas mal de fautes qui sont assez remarquables. C'est même étonnant de la part d'un éditeur de renom. Il est évident que ce n'est pas un manuel pédagogique pour les bretonnants, mais un petit guide qui s'adresse à des non-initiés. »

 

Face à la polémique, la maison d'édition Larousse a d'abord annoncé avoir « transmis le livre Le Breton dans votre poche à l'Office public de la langue bretonne et nous attendons que l'Office nous fasse un retour sur le contenu de cet ouvrage, dont l'auteur est breton ». Finalement elle a décidé vendredi dernier de retirer l'ouvrage incriminé de la vente, les libraires sont conviés à retourner les exemplaires en leur possession. 

 

Pour sa défense, l'auteur Jean-René Bonnissent explique avoir écrit son dictionnaire « en toute humilité » et confie s'étonner de l'ampleur du tollé. « Beaucoup d'expressions changent avec le temps. Dans ma propre famille, où tout le monde parlait breton, il arrivait qu'on ne se comprenne pas. J'écris dans ce guide comme je parle dans la vie de tous les jours. Et si la polémique peut faire parler de la Bretagne et du breton, tant mieux ! »

 

Contactée par ActuaLitté, la maison Larousse n'a pour le moment guère d'informations complémentaires à apporter, si ce n'est que l'ouvrage est désormais entre les mains de l'Office public de la langue bretonne, « pour relecture », et qu'une nouvelle mouture pourrait ultérieurement faire son apparition.