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Le 29 juin, les librairies Sauramps auront un nouveau propriétaire

Nicolas Gary - 26.06.2017

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Ce 26 juin, les différents candidats à la reprise des librairies Sauramps sont passés devant le tribunal de Commerce. Trois repreneurs ont été entendus, mais les regards ont rapidement convergé vers l’offre de la société Amétis, que dirigent Bertrand Barascud et François Fontès. Et pour cause, c’est la seule qui envisage la reprise de tous les établissements. 



Sauramps Odyssée - ActuaLitté, CC BY SA 2.0


 

Face à l’offre d’Amétis, on retrouvait le patron de la Maison du livre de Rodez, Benoît Bougerol et l’enseigne de librairies Le Furet du Nord. Tous deux avaient expliqué en détail les conditions de la reprise, et les difficultés que présentait le dossier. Pour son offre de reprise, Benoît Bougerol se concentrait sur l’établissement d’Alès, tandis que le Furet visait Triangle et Alès. De la sorte, la proposition de Benoît Bougerol,à travers sa holding Hokmah, jugée trop restrictive au regard du caractère indissociable des deux autres offres ne sera pas retenue – même l'avocat le représentant Benoit Bougerol n'aura pas vraiment insisté durant l'audience...

 

Soit t'as un pistolet chargé, soit tu creuses...
 

C'est que le projet d’Amétis, elle, semblait balayer tous les doutes que les deux professionnels soulevaient, avec la prudence de l’expérience. Mais entre la première offre exposée et celle que le tribunal a pu entendre, les salariés ont pu découvrir que la lune de miel tournait presque au vinaigre. « On a même le sentiment que les employés morflent pour sauver l’incompétence de quelques-uns », lance-t-on, place de la Comédie.

 

Et pour cause : l’un des directeurs de magasin, pointé du doigt depuis des années, fait clairement partie des rescapés. « Personne ne peut comprendre quelle est la pertinence de cette décision. En début de semaine, M. Fontès annonçait qu’il ne voulait plus entendre parler de l’ancienne équipe dirigeante, et, là, on voit le directeur de Mosaïque qui réapparaît. On ne comprend plus... » Il en irait de même, à l'Adelc, qui n'avait pu consulter que la première offre... et a découvert la seconde non sans froncer les sourcils.

 

Mais pour d’autres, tout cela est clair : « La seule vision qu’il a pu avoir de ce dossier est celle que Jean-Marie Sevestre lui a donnée. Bien entendu, il sera possible de mettre les établissements sous perfusion, à fonds perdu, mais la méthode aura ses limites. Il faut espérer que l’entrepreneur s’en rendra rapidement compte. »

 

De l’avis de nombreux observateurs, la première offre portée par Amétis était « judicieuse et logique, même si elle restait basse en terme de masse salariale. Au niveau des postes, on gardait une certaine cohérence. » A contrario, l’offre portée ce jour « reprend l’ancienne équipe, qui a contribué à mettre l’entreprise en péril ces dernières années », précise un proche du dossier.

 

Plus gênant, ou plus flagrant (significatif ?), « toutes les personnes qui s’étaient opposées à Jean-Marie Sevestre disparaissent – jusqu’au contrôleur de gestion, qui ne cessait de montrer les mauvaises décisions. On se demande s’il n’y aurait pas, plus qu’un choix par compétence, une approche par affinités ». 

 

D’autant plus problématique que tant François Fontès que Jean-Marie Sevestre ont assuré à plusieurs reprises ne pas se connaître – mais les faits et les témoignages contredisent leurs affirmations. « Il y a beaucoup trop de coïncidences et de gaffes qui ont été commises, pour des personnes qui disent ne pas se fréquenter. »

 

Le cas Odyssée, ou le bail mortel

 

Si l’établissement du centre commercial Odyssée n’était pas dans l’offre du Furet du Nord, alors que l’ADN semble plus proche de celle de l’enseigne, les motifs sont simples : un bail totalement catastrophique. « Dès que la rentabilité du magasin augmente, Klepierre, le propriétaire du centre, prélève une commission supplémentaire. Il est évident qu’au moment de la signature, aucun avocat n’a été consulté ! »
 

Furet du Nord : “Préserver Sauramps et les librairies de province, un enjeu d'avenir“


Or, si Odyssée fait partie de l’offre globale, la stratégie qui se dessine chez Amétis est assez simple : attendre la fin du bail, prévue en mai 2019, et fermer l’établissement à ce moment. « La preuve, c’est que la holding Mosaïque a été préservée dans l’offre : cela permettra de préserver les sociétés comme indépendantes, et simplifiera la présentation d’un plan social, à la fin du bail. »

Le délibéré aura lieu ce 28 juin. La prise en main par le nouveau propriétaire sera donc effective jeudi 29. En dépit de nos sollicitations, François Fontès n’a jamais retourné nos demandes de précisions. 
 

"On a envie d'y croire, mais..."


Au cours de l’audience, le tribunal a explicitement écarté l’offre de Benoît Bougerol, attendu que, face aux deux autres offres, la seule reprise d’Alès n’avait guère de chances. « Le seul intérêt, c’était l’hypothèse que les deux autres repreneurs se retirent... », observe-t-on.

 

Par ailleurs, jugeant de l’offre portée par la société Amétis, le tribunal a émis des réserves semblables à celles exprimées par les représentants du personnel. « Le projet commercial, les choix de reprise de telle ou telle catégorie professionnelle, ou encore l’organisation : le tribunal n’était pas immédiatement convaincu », rapporte un témoin. 

 

Pour les personnels, la difficulté se résume facilement : « Le Furet c’est un impact social lourd, immédiat, mais la garantie d’un professionnel qui connaît le secteur de la librairie. En face, l’offre d’Amétis, ce sont 37 emplois conservés de plus, sans aucune garantie dans le temps, et le transfert d’un groupe dans les mains de novices. Le tribunal n’a pas manqué ce détail. Alors bien sûr, il y a l’argent et une forte volonté... mais également beaucoup de zones d’inconnu. »

 

Et puis les connaisseurs du dossier s’étrangleraient presque en apprenant le maintien du directeur de Mosaïque. « Socialement, l’offre d’Amétis est plus convaincante : on a envie d’y croire, parce qu’elle est porteuse d’espoir. Mais dans le même temps, tout le monde se doit d’être pragmatique. Et il devient légitime de se poser quelques questions. » C'est aussi la raison pour laquelle les représentants du personnel ont émis un avis favorable pour Amétis – non sans de réelles inquiétudes.

Dans les faits, 94 des 119 salariés sont préservés dans le cas de l’offre Ametis, soit 37 de mieux que dans la proposition que porte le Furet. L'entrée en jouissance du repreneur se fera d'ici fin de semaine et les licenciements seront effectifs dès semaines prochaines, apprend-on.


Mise à jour, 28 juin

C'est finalement l'offre du Furet du nord qui a retenu l'attention du tribunal de commerce.