Le baiser du prince à la Belle au Bois dormant, un acte de prédateur sexuel

Clément Solym - 24.11.2017

Edition - International - Belle bois dormant - baiser princesse prince - Belle bois dormant baiser


D’aucuns s’y attendaient : dans la continuité de #metoo ou #dénoncetonporc, la parole se libère, et l’on bascule d’un excès à un autre. Ou bien sont-ce les racines mêmes de l’Occident qui sont profondément remises en cause — ayant toléré une attitude prédatrice de la part des hommes ? Pire : encouragé ?


Prince Kiss
Stephanie Overton, CC BY ND 2.0
 

 

Une mère de famille britannique, avocate de surcroît, a fait la Une de la presse après la diffusion d’une photo présentant une déclinaison du thème de la belle au bois dormant. Selon la mère de famille, le conte doit être supprimé des listes de lectures scolaires « à cause de son message sexuel inapproprié ». Quid ? 

 

C’est en découvrant son fils Ben âgé de six ans lisant un conte que la mère a vu rouge. L’histoire, inspirée celle de La Belle au Bois dormant, enseigne en effet — et ce message émane de la bouche même d’un enfant — qu’un homme peut embrasser une femme quand elle dort. 

 

« Il me semble que l’on a là un problème propre à l’histoire de La Belle au Bois dormant, sur les comportements sexuels et le consentement », assure la mère. Mais alors, des générations entières auront été bercées avec cette histoire, des petites filles attendant leur prince charmant, à qui l’on enseignait que le consentement n’est pas obligatoire ?

 

« Dans la société contemporaine, ce n’est pas convenable — mon fils n’a que six ans, il absorbe tout ce qu’il voit et il n’est pas toujours possible de transformer ses expériences en conversations constructives », déplore la mère.

 

Manifestement préoccupée par le message que véhicule le conte, elle est devenue depuis quelques jours l’étendard et la porte-parole désignée dans le contexte que l’on connaît — les révélations d’actrices américaines victimes du producteur Weinstein. 

 

L’histoire du conte et le comportement du personnage peuvent interroger : pour Sarah Hall, mère de 40 ans, ça n’a cependant pas fait un pli. Elle a contacté l’école de son fils pour demander sous quelles conditions le livre pouvait être interdit.



Tiens, l'histoire de Perceforest... assez velue, celle-là aussi...


 

Et pourtant, elle parvient à relativiser : « Je ne crois pas que retirer complètement cette histoire soit juste. En réalité, ce serait là une excellente ressource pédagogique pour les enfants plus âgés, permettant d’alimenter une conversation autour de ce fait. On pourrait parler alors de consentement et de ce que peut ressentir la princesse. »

 

D’ailleurs, elle reconnaît elle-même avoir été influencée par la couverture médiatique des #metoo qui l’a incitée, en voyant l’histoire que lisait son fils, à réfléchir aux messages les plus subtils. Évidemment, la tradition du conte de fées est enracinée dans le monde occidental et par-delà, forgeant une partie de l’instruction morale des enfants.

 

Je vais vous dire : tant que nous avons encore des textes pareils à l’école, nous ne changerons jamais les habitudes ancrées en matière de comportement sexuel

 

 

Faudrait peut-être pas pousser, si ?
 

Mais le prince n’est-il pas, dans les contes, l’incarnation d’un idéal, tout à la fois de protection et de bienveillance ? Que le message du réveil soit marqué par un baiser — d’ailleurs, la princesse attend toujours son prince non ? — est en soi un sujet qui prête souvent le flanc au débat. 

 

L’homo salvator est régulièrement pointé comme une acceptation (et une acception…) du machisme social. Mais un baiser qui sort la princesse d’un sommeil sans fin ? Après tout, qu’advient-il de La Belle au Bois dormant, si le prince ne vient pas ? Meurt-elle desséchée dans cette forme de coma ?

 

Dans les versions les plus anciennes, la princesse s’endormait sous le coup d’un sort, et devenait victime d’un viol perpétré par un roi, alors qu’il était parti chasser. La princesse se réveillera après et finira par tomber amoureuse du roi, avant de l’épouser. Il s’agit du conte Soleil, Lune et Thalie, issu du Pentamerone de Giambattista Basile, publié en 1634.

 

kiss me, I'm famous !

 

 

On retrouve également cette thématique dans Perceforest, toujours avec une princesse mise enceinte durant son sommeil. Mais ces contes ont été notablement modifiés par Perrault, qui les aura grandement édulcorés. Sans même parler de Disney, qui a achevé de l’aseptiser. Dire que la version que l’on trouve dans les bibliothèques scolaires est sensible…  

 


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