Le Baron perché en liquidation judiciaire, les auteurs peuvent oublier leurs droits

Clément Solym - 06.07.2016

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La nouvelle est d’autant plus mauvaise qu’elle était largement pressentie : les éditions du Baron perché sont en liquidation judiciaire. La Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse et la Société des Gens de Lettres avaient intenté un recours pour obtenir le paiement de 15.000 € de droits d’auteurs dus par l’éditeur, au titre de l'année 2014. Ces droits avaient été réglés, en grande partie. Mais il restait encore les droits de l'année 2015, et la liquidation risque de compliquer la procédure.

 

Les auteurs bientôt tous à poil
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

C’est en réalité l’ensemble des maisons associées à la structure, Le monde en marche, aka Éditions le Baron perché, qui est en cours de liquidation. Le gérant de la structure, Olivier Baillet, n’était pas joignable pour nous apporter de commentaires, mais la messe est dite.

 

La situation est d’autant plus regrettable que l’éditeur avait, jusqu’au bout, promis aux auteurs le règlement des arriérés, y compris pour l’année 2015. Les auteurs, inquiets de n’avoir encore rien perçu au 1er juillet, lançaient d’ailleurs une lettre ouverte adressée à Olivier Baillet, responsable de la structure. Les éditions Le Baron Perché avaient été reprises en mai 2014 par Olivier Baillet, sur l’entremise de Jean-Marie Laffont. Ce dernier s’était ému du courrier commun de la SGDL et de la Charte, rappelant qu’il était lui-même sociétaire de la SGDL. 

 

Le groupe avait même constitué en février 2015 un pôle jeunesse, en incluant le rachat de Le Sablier, spécialisé dans les livres audio, qu’avait fondé Hélène Bonis en 1997. L’ensemble était associé à la librairie jeunesse, intégrée aux locaux de Le Sablier. 

 

À l’époque du rachat du Baron perché, Brigitte Stephan, maintenue à la direction éditoriale, assurait : « C’est une opportunité pour développer la maison et lancer de nouvelles collections. » 

 

Nous ignorons pourquoi, dans une déclaration à Livres Hebdo, toujours en janvier 2016, vous vous êtes engagés à nous payer dans les plus brefs délais. Nous ignorons pourquoi vous ne l’avez pas fait. Nous ignorons enfin pourquoi vous vous êtes résolu à le faire deux mois plus tard pour presque tous les auteurs concernés (quelques-uns sont toujours en attente de règlement).

 

Pendant toute cette période tumultueuse et incertaine, nos ouvrages ont continué à se vendre régulièrement et à alimenter le chiffre d’affaires de la maison d’édition. Comme des petits bateaux lancés dans la tourmente qui vaillamment gardent le cap. (lettre ouverte des auteurs, 1er juillet 2016)

 

Les auteurs concernés — ils sont 35 en tout — attendaient que la procédure entamée par la Charte et la SGDL aboutisse. La présidente de la SGDL, Marie Sellier, ne cachait pas sa colère : « Malgré le commandement de payer et les belles lettres pleines de promesses d’Olivier Baillet, les auteurs du Baron perché n’ont toujours pas été payés. » D’après nos informations, aucun des auteurs n’a en tout cas été payé pour les droits 2015.

 

Hoche Communication, la holding dont JM Laffont était directeur général, est également entrée en cours de liquidation, en date du 29 juin. Cette structure, membre de Revolution 9, entraîne donc la fermeture de plusieurs autres maisons.

 

« L’ouverture de liquidation judiciaire est en général irrémédiable – même si la possibilité existe de voir un repreneur », nous précise la SGDL. « Nous avons indiqué aux auteurs qu’ils devaient déclarer leurs créances, parce qu’ils ont sans doute perçu des droits sur l’année 2016. »

 

Cette procédure implique que les auteurs avertissent le mandataire judiciaire qui prendra la main sur la liquidation. Ce dernier doit en effet payer les créanciers par ordre de privilège : l’État (URSSAF, Trésor public) vient en premier, salariés, auteurs et fournisseurs et autres titulaires de factures — qui pourraient ne jamais l’être. Tous les auteurs ont donc été invités par la SGDL et La Charte à envoyer une lettre au mandataire pour réclamer leurs droits, mais également ceux qu’ils avaient cédés par contrats.