Le biographe de Lovecraft appelle au boycott du prix World Fantasy

Camille Cornu - 13.11.2015

Edition - International - lovecraft S.T. Joshi - prix british fantasy


L’américain S.T. Joshi, spécialiste des littératures de l’imaginaire et lauréat à deux reprises du Prix British Fantasy, vient de renvoyer ses récompenses à la société World Fantasy. Il expliquait mardi sur son blog n’avoir pas apprécié leur décision de modifier la nature des récompenses remises aux lauréats : une statue en ivoire représentant le buste de Lovecraft. La société se serait laissée convaincre que Lovecraft était trop raciste pour mériter qu’on lui rende ainsi hommage. 

 

World Fantasy Awards

Houari B, CC BY-NC-SA 2.0

 

 

S.T. Joshi, grand lecteur et spécialiste de Lovecraft, avait lui-même reçu le prix World Fantasy à deux reprises, dont une pour sa biographie de Lovecraft publiée en 1997 et rééditée en 2010 : I Am Providence : The Life and Times of H.P. Lovecraft. Il avait également préfacé ou dirigé d’autres travaux sur l’auteur, publié de nombreux articles à son sujet dont certains spécifiquement consacrés au mythe de Cthulhu. Son ouvrage, Qu’est-ce que le mythe de Cthulhu ?, avait été publié en france en 2007, traduit par Philippe Gindre.

 

Lorsque le prix World Fantasy a fait connaître sa décision de ne plus remettre de statuettes représentant Lovecraft pour ne pas mettre en avant un auteur qualifié de raciste, S.T. Joshi a immédiatement pris position pour Lovecraft en renvoyant à la société les prix qu’il avait reçus d’elle et en publiant un article justifiant son geste sur son blog

 

 « La décision me semble une façon lâche de céder à la pire sorte de politiquement correct, et une adhésion explicite aux calomnies grossières, incultes et tendancieuses contre Lovecraft propagées par une petite mais bruyante bande d’agitateurs ». 

 

Ne se contentant pas de se retirer de tout lien passé et futur avec le prix, il menace également de tout faire pour pousser au boycott de la société parmi ses « amis et collègues », que l'on imagine nombreux dans le monde des littératures de l'imagianaire.

 

Une autre auteure lauréate du prix, Nnedi Okorafor, avait publié il y a un an un billet sur son blog, s’étonnant du racisme de Lovecraft qu’elle venait de découvrir dans un de ses poèmes (« On the creation of Niggers », 1912). Elle se disait en conflit avec le fait de conserver une statuette symbolisant à la fois cet auteur et la récompense de son propre travail. 

 

 

 

C'est ce billet qui avait marqué le début des hostilités envers Lovecraft, particulièrement marquées par une pétition lancée par Daniel José Older sur change.org et appelant à remplacer le buste de Lovecraft par Octavia Butler. 

 

"Si quelqu'un pense que la célébrité montante, le réputation et l'influence de Lovecraft souffriront de la moindre diminution à cause de ce chahut, ils se trompent complètement", concluait S.T. Joshi dans son billet.