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Le blogueur et les éditeurs : "Ce ne sont pas nos meilleurs amis"

Clément Solym - 12.08.2013

Edition - Société - relations blogueurs éditeurs - prescription - notes de lecture


Quand les blogueurs sollicités par les maisons d'édition pour chroniquer des ouvrages prennent la parole, cela peut donner des billets particulièrement intéressants. Pour preuve, celui que Blue Moon a fait paraître, et qui évoque longuement l'évolution des échanges entre éditeurs et billettistes blogueurs. Nous reproduisons ici dans son intégralité le billet Lorsque la blogueuse balaye les locaux... à force de jouer à Mickey l'apprenti-sorcier. 

 

 

Une nouvelle mode est en train de s'installer... la blogueuse privilégiée ! Ainsi, comme tout est permis sur le net, les scrupules n'étouffent personne. Après tout, pourquoi ne pas retirer tous les marrons possibles du feu, jusqu'au moment où l'écorce rentre dans les dents et qu'il n'est plus possible d'ouvrir la bouche ? Au début, tout était relativement simple : on écrit plus que des avis, soit de vraies critiques, peu à peu les maisons d'édition ont commencé à envoyer des services de presse... en échange des critiques "sincères".

 

Les envois se sont multipliés, les blogueurs se sont multipliés... jusqu'à la démesure, jusqu'à lire des romans dont le genre n'est pas la tasse dé thé de la personne, mais qu'il FAUT chroniquer sans conviction, jusqu'à ne pas lire des romans et de faire une critique qui reprend le dossier de presse sans trop se mouiller, jusqu'à faire des critiques en contradiction avec une blogueuse que l'on déteste parce qu'on la déteste, jusqu'à ce qu'on attaque des commentaires sur un grand site de vente en ligne, parce que l'on prend parti pour l'éditeur et qu'il ne faut pas laisser de mauvais commentaires contre lui se répandre, jusqu'à faire la seule critique "contre" car comme ça on se souviendra de son blog, jusqu'à bâcler la critique qui devient un avis, car on a plus le temps, vu le nombre à taper. Ça, ce sont les limites du blogueur.

 

 

Woman's Home Blog Book

NotionsCapital.com, CC BY 2.0

 

 

Et, il y a l'impudence de l'éditeur, qui oublie lui aussi ses scrupules... les exemples donnés ici sont tous vécus : avoir une remarque de l'attachée de presse qui dépasse de beaucoup le aigre-doux par écrit à la blogueuse coupable d'avoir fait une mauvaise critique, ne plus envoyer de "service presse" soudain après une mauvaise critique, demander à la blogueuse dans un célèbre salon du 93, de tenir le stand toute la journée et de vanter les livres de cette maison d'édition, et tout ça, bénévolement. Lui promettre joyeusement d'énormes avantages puisqu'elle soutient depuis le début la maison d'édition !

 

 

 Les rôles du blogueur et de la maison d'édition sont clairement et simplement définis. [....] ce ne sont pas nos meilleures amis.

 

 

Comment ça soutenir ? Les bras nous en tombent là. Les rôles du blogueur et de l'éditeur sont clairement et simplement définis. Nous recevons quelques romans en avant-premières de telle ou telle maison d'édition et tapons des critiques sincères. C'est tout, ce ne sont pas nos meilleures amis ! C'est la règle du jeu. Personne ne doit influencer notre choix, promesses, menaces, complicité "amicalement forcée". J'ai clairement entendu dire par deux personnes différentes (des attachés de presse) qu'il fallait soutenir un certain éditeur, car pour un des deux cas, l'emploi de l'attachée commerciale était menacé... Donc on fait appel aux mauvais sentiments de la blogueuse, à ses côtés fleurs bleues, ou à l'appât de ce qui pourrait être... et qui ne sera jamais clairement défini.

 

Certes, nous Marnie, Callixta, Gaëlle faisons partie de pages "privées" du net, de petits clubs fermés ou non. Aucun énorme avantage, seulement de recevoir des SP (principalement Marnie puisque comme vous le savez tous, Callixta lit principalement en vo et se procure la plupart de ses bouquins ou ebooks) que nous critiquons et vu notre rythme de lecture, c'est évident que cela nous aide pour notre budget et notre passion. Mais, il n'y a aucune compromission et cela ne change rien au contenu de nos critiques. (que nous tapons au moins, au moins en une heure de notre temps, car nous motivons). Le nerf de la guerre est juste de trouver un livre inoubliable !

 

Si l'on continue à créer cette collusion, d'une part les lectrices ne nous feront plus confiance, d'autre part, l'éditeur se payera des pages de publicité sur notre dos et réduit notre rôle à celui de faire-valoir, de potiche du net juste bonne à recevoir des "Services Presses" et aussi le tee-shirt du jour "je suis une lady offerte au plus offrant". C'est malsain ! De plus, cela joue sur le climat détestable entre blogueuses "lectures" sur le net. Voir des personnes qui vous disent qu'elles n'ont pas aimé un livre et découvrir deux jours plus tard leurs critiques enthousiastes sur le roman a de quoi vous agacer. Voir des articles qui hurlent à la gentillesse de l'attachée de presse... des articles tapés sur "elle est trop sympa elle !" et oublient de parler du contenu éditorial plus que discutable.

 

Surtout que c'est un très mauvais plan. Il faut voir ainsi le bilan de certaines collections après que les blogueuses aient servi de béquilles à tout prix, puis d'ambulances qui tentent de les empêcher de foncer dans un mur. Oui, une attitude plus saine pourrait aider l'éditeur à redresser la barre, car n'oublions pas une chose : la blogueuse est une lectrice COMME les autres. Ses goûts reflètent souvent celui de son lectorat et donc ses propos peuvent servir de garde-fou... de mauvais auteurs ? des livres dépassés ? des livres étiquetés romances qui n'en sont pas, des érotiques qui n'en sont pas, des collections fourre-tout où l'on trouve des romances à côté de YA horrifiques ? Et comme réponse nous avons de secs et très offusqués : vous ne nous soutenez pas !!! Ah bon ? Pourtant, on vous l'a dit, Messieurs les éditeurs, ce n'est pas notre rôle !