Le Brésil en plein débat sur l'adoption du prix unique du livre

Clémence Chouvelon - 27.03.2015

Edition - Economie - Prix unique - Brésil - Salon du livre 2015


Le Brésil, cette année invité d'honneur au Salon du livre de Paris, est en plein débat sur l'adoption du prix unique, par lequel les éditeurs fixent le prix de vente. À ce sujet, Luis Torelli, le président de la chambre brésilienne du livre et Marcos da Veiga Pereira, président du SNEL (Syndicat national des éditeurs de livres du Brésil), ont dressé un état des lieux de la situation du marché du livre brésilien et rappelé pourquoi l'adoption de ce prix unique sur le livre était importante pour le pays.

 

 

Salon du Livre de Paris 2015

Marcos da Veiga Pereira - Salon du livre de Paris (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Marcos da Veiga Pereira a rappelé le contexte politique et économique du Brésil : « Il est très important de ne jamais oublier que de 1884 à 1984 l'inflation a été de 20 % par mois. Ce qui veut dire que le prix unique était quelque chose que le consommateur ne pouvait pas comprendre ». L'adoption du Réal brésilien en 1994 fut le premier plan de stabilisation économique qui a vraiment fonctionné, et qui va entraîner un changement conséquent dans la chaîne de production du livre.

 

C'est à ce moment qu'un vif débat va éclater entre libraires et éditeurs, pour savoir qui allait profiter de cette inflation stabilisée provoquant un rabais moyen de 5 %. De fait, les libraires se retrouvent sans aucun capital de rendement pour leurs stocks, et un nouveau modèle de prix apparaît : « le livre a une valeur de production, et un prix, comme toute marchandise. » 

 

C'est à partir de 2002 que le Brésil voit naître de nombreuses maisons d'éditions, et de nouveaux canaux de vente atypiques dans le pays, comme la vente au catalogue ou celle de livres en grandes surfaces. L'augmentation des ventes de livres et du nombre de titres, ainsi que la baisse du prix du livre provoque la « guerre des prix sur internet ».

 

« Malheureusement, les quatre dernières années ont été très décevantes en termes d'économie au Brésil, à la fois en termes de croissance du PIB que d'effets sur le marché du livre » souligne-t-il. Alors même que le nombre de librairies en ligne croît et que les livres numériques commencent à être commercialisés, « on observe une stagnation et une concentration du marché ». Sur les près de 3000 librairies au Brésil, 484 concentrent 76 % des ventes. 

 

S'inspirer du modèle français

 

La chambre brésilienne du livre, qui rassemble les différents acteurs de la filière, soutient ce concept de prix unique. La croissance économique et les bonnes ventes avaient fini par repousser le débat, mais avec la baisse de l'activité économique cette préoccupation est d'autant plus d'actualité. « Nous avons un marché énorme à conquérir au Brésil. Des études ont pu montrer que 58 millions de Brésiliens n'avaient jamais lu de livre de toute leur vie. » explique Luis Torelli,

 

Et de s'adresser à Fatima Cleid, sénatrice brésilienne à la commission d'éducation, présente à la table ronde : « Il est urgent de prendre ce problème à bras le corps […] la production éditoriale est d'excellente qualité et nos auteurs internationalement reconnus. Il est extrêmement nécessaire d'agir, mais par quelle voie ? Celle d'un pacte qui se ferait en parallèle de l'élaboration d'une loi. Malgré tout le dévouement de nos sénateurs et sénatrices, cette loi prendra du temps et nous n'avons plus ce temps-là. »

 

La sénatrice a exprimé son désir de s'inspirer de l'exemple français : « Nous souhaitons intensifier ce débat au Brésil et ce qui nous motive dans la présentation de ce projet de loi c'est notre souhait d'encourager toute la chaîne de production du livre et, je dirais, de servir un objectif plus noble qui consiste à démocratiser l'accès au livre et à la lecture. […] Le Brésil est encore loin de remplir notre rêve qui serait d'en faire un pays de lecteur et de lectrices. […] [Sur le prix unique] la France a beaucoup à nous enseigner »