Le calvaire vécu par la traductrice en hébreu d'Harry Potter

Julien Helmlinger - 21.01.2013

Edition - International - Harry Potter - Traduction - Hébreux


La vie et la carrière de Gili Bar-Hillel, traductrice, ont changé lorsqu'elle s'est vu confier la transposition de la saga à succès de J.K Rowling en hébreu. Pour le meilleur, en regard des joies et privilèges inhérents à une tâche de cette ampleur, mais aussi pour le pire, si l'on considère les diverses péripéties et autres atteintes à sa dignité que la société de production Warner Bros lui a fait endurer pendant une décennie de travail. Selon elle, les méthodes employées peuvent être considérées comme de l'intimidation, du chantage, et parfois utilisées de manière humiliante.

 

 

La Warner, au doigt et à la baguette

 

 

Comme le rapporte La Gazette du Sorcier, les déboires rencontrés par Gili Bar-Halliel, au cours de sa collaboration avec le studio de production, seraient le lot partagé par de nombreux traducteurs d'Harry Potter de par le monde. Le géant américain, épaulé d'une horde d'avocats, aurait tendance à porter atteinte aux droits de propriété intellectuelle et morale des traducteurs.

 

Profitant des zones d'ombre du droit international, en matière de copyright ou de statut de la profession, la Warner aurait engagé l'ancien agent de Rowling afin de faire pression sur les diverses maisons d'édition internationales... contraindre les traducteurs à renoncer à leurs droits, et ce, de manière rétroactive.

 

Ainsi, Gili Bar-Halliel, après avoir traduit trois opus de la saga, fut conviée dans un café par son éditeur israélien. Celui-ci exigea d'elle qu'elle signe un document sans être autorisée à le parcourir, sous menace de se voir écartée de la traduction des épisodes suivants de la série. La concession qu'on attendait d'elle était alors qu'elle ne revendiquerait pas de marque déposée sur les termes inventés en cours de traduction. Elle signa.

 

Ensuite, lors de la diffusion en Israël des adaptations cinématographiques, sa traduction servit de base aux doublages et sous-titres. On ne lui avait demandé aucune autorisation, témoigné aucun remerciement ou compensation. Et, le responsable de la traduction sur le film, se plaignit quant à lui d'être obligé de travailler à partir du travail de Gili Bar-Halliel que la Warner lui imposait. Celui-ci la contacta alors indépendamment du studio afin qu'elle devienne consultante pour le script. Mais tandis qu'elle n'avait pas encore été payée par l'entreprise locale, le géant américain revint à la charge pour réclamer qu'elle signe l'abandon de tous droits sur cette nouvelle traduction.

 

Elle essaya alors de signer le document, tout en ajoutant la mention annonçant qu'elle n'abandonnerait pas ses droits sur les premières traductions effectuées, mais la Warner refusa toute mention supplémentaire au contrat, et la menaça de ne pas payer le studio israélien, laissant sur la paille ses divers employés, tant qu'elle n'aurait pas apposé sa signature. Elle signa donc une seconde fois sous la contrainte.

 

Enfin, après avoir traduit et fourni la version en hébreu des Contes de Beedle le Barde, Gili Bar-Halliel fut contrainte à signer une troisième renonciation sous la menace de ne pas être rémunérée, car la traduction était à reprendre, tandis qu'on lui faisait savoir que le public serait averti que le retard pris par la date de sortie du film était entièrement la faute de la traductrice...

 

Autant de pratiques, qui si elles ne sont pas forcément illégales, ont tout de crapuleuses. La traductrice n'a pas saisi la justice, se sentant impuissante face au géant américain et ses avocats. Mais quand son éditeur israélien vint la solliciter pour utiliser une photo d'elle pour faire la promotion d'Harry Potter, elle refusa cette fois... et elle reçut finalement ultérieurement une lettre de la Warner qui l'informait « à titre de courtoisie », que peu importe son souhait, son image serait utilisée dans l'optique promotionnelle.