Le canular de Bedos, avec "la confiance" de son éditeur chez Flammarion

Nicolas Gary - 10.10.2014

Edition - Justice - Nicolas Bedos - éditions Flammarion - France 2 CSA


Il fallait s'y attendre, le canular de Nicolas Bedos sur France 2 n'est pas passé inaperçu. Avec la complicité de l'animatrice Alessandra Sublet, l'humoriste était interviewé pour la publication prochaine d'un livre, Les serments déchirés, un ouvrage qui racontait sa liaison avec Valérie Trierweiler, ex-Première dame. Une provocation, qui, de l'aveu du comédien lui-même, n'était finalement qu' « une grosse connerie ».

 

 

 

Attention, par « grosse connerie », il faut comprendre grand canular. En effet, assumait-il, « c'était ma façon à moi de répondre à la peopolisation de la politique que certains nous imposent, ce mélange de totale bouillabaisse entre privée et public, entre le glauque et l'intime ». Certes, mais le CSA ne l'entend pas de cette oreille. 

 

Dans un communiqué, la chaîne prenait acte, et soutenait l'humoriste. «  France 2 assume le canular de Nicolas Bedos, parce que c'est Bedos, humoriste, et que si on lui donne la parole, c'est alors pour respecter sa liberté de ton et de sujets, comme sur Dieudonné par exemple, à condition de prévenir ensuite les téléspectateurs du canular, ce qui fut fait. » 

 

Il suffirait donc que le gag soit dévoilé pour que tout rentre dans l'ordre. 

 

 

Banco pour l'émission Un soir à la Tour Eiffel, qui comptabilisait alors 200.000 spectateurs de plus que pour sa première émission, avec 1 million, au total, – 9,1 % de l'audience. Si le CSA n'a pas souhaité faire de plus amples commentaires, il n'en reste pas moins que, sous peu, se tiendra une réunion pour examiner ce qui s'est passé. Si le service public estime avoir fait le nécessaire, Bedos en a profité, lui, pour en rajouter deux couches.

 

La première, c'est le livre de Valérie Trierweiler : il reproche aux médias d'avoir accordé une trop grande attention à ce témoignage. Et finalement, il critique également en filigrane l'écriture même du livre, et sa parution. 

 

 

 

Mais le vent mauvais que le CSA pourrait souffler s'accompagnera peut-être d'une autre vague inattendue. Contactées par ActuaLitté, les éditions Flammarion ont « découvert l'utilisation de notre marque pour ce gag », après l'émission, non sans étonnement. C'est que le livre, gentiment chroniqué par Nicolas Rey, complice pour l'occasion, était en effet présenté comme publié par la maison désormais propriété de la holding Madrigall – autrement dit, du groupe Gallimard. 

 

« Cela s'est déroulé sans avoir sollicité ni obtenu notre accord », nous précise-t-on. Mais pour le moment, on attend que les responsables reviennent de la Foire de Francfort, pour savoir ce qu'il adviendra de cette couverture réalisée pour l'occasion du canular. Pas certain que la parodie, le pastiche ou la caricature puissent être invoqués dans le cas présent, pour éviter de se faire tirer l'oreille. On attendra la semaine prochaine pour en savoir plus.

 

Les derniers livres de Nicolas Bedos ont été publiés chez Robert Laffont ; il avait en revanche fait paraître un livre chez Flammarion, en octobre 2009, Le Voyage de Victor – une date anniversaire ?

 

Mise à jour 12H18 :

Le secret était en réalité diablement bien gardé. Guillaume Robert, l'éditeur du livre de Nicolas Bedos, en 2009, a contacté la rédaction de ActuaLitté. « Nicolas prépare avec nous un nouveau livre, un roman, sur lequel nous travaillons ensemble. Pour l'émission, il m'avait demandé s'il pouvait utiliser la couverture de Flammarion afin de donner plus de crédibilité à son canular. À cette occasion, je lui ai donné mon accord, en prévenant les personnes de mon département. »  

 

Non seulement Nicolas Bedos avait donc l'autorisation de Flammarion, mais le secret avait été très bien préservé, puisque seules les personnes travaillant au département Littérature de Flammarion étaient au courant. « C'est aussi là le rôle de l'éditeur, pouvoir agir en toute confiance et avec mon entier soutien. » Pour l'anecdote, il faut savoir que quelques commandes de libraires sont arrivées peu après l'émission, ainsi qu'une demande de service de presse, de la part d'un journaliste.

 

Dans tous les cas, nous assure l'éditeur, « le prochain roman de Nicolas ne s'appellera certainement pas Les serments déchirés », titre qu'affichait le livre ayant servi au canular...