Titi Gnangnan : la mairie, désavouée, porte l'affaire au Conseil d'État

Antoine Oury - 08.10.2015

Edition - Société - Titi Gnangnan Blanc-Mesnil - Conseil d'Etat Thierry Meignen - caricature


Exclusif : Le strip Titi Gnangnan, dessiné par Remedium, raconte en trois ou quatre cases les aventures d'un élu fictif de la République auquel il en manque quelques-unes, depuis plus d'un an. À la fin du mois d'août dernier, le caricaturiste dénonçait une série de représailles politiques de la part du maire Les Républicains du Blanc-Mesnil, Thierry Meignen, qui s'estimait insulté par le travail du dessinateur. Le tribunal administratif vient de rendre une décision favorable à ce dernier, mais l'élu portera l'affaire devant le Conseil d'État.

 

Extrait de la décision du tribunal administratif

 

 

Au mois d'août, Remedium, Christophe Tardieux dans la vie civile, faisait état de représailles politiques de la part du maire LR du Blanc-Mesnil. Thierry Meignen estimait que la bande dessinée signée Remedium relevait de la diffamation à son égard, et avait eu recours à la procédure légale de la « protection fonctionnelle », qui précède le dépôt d'une éventuelle plainte. 

 

« Ces caricatures sont assez transparentes dans le sujet qu'elles visent, et elles ont été distribuées en période électorale, comme des tracts. Le maire considère qu'il y a diffamation, c'est son droit », nous expliquait la mairie à l'époque. 

 

Le dessinateur dénonçait également la fin de la convention d'occupation à titre précaire et révocable qui lui permettait de profiter d'un logement conventionné, au titre d'instituteur. Alors que son épouse était enceinte de 8 mois, la mairie lui indiquait qu'il devrait quitter son logement le 31 août 2015, afin qu'elle puisse y reloger d'autres personnes, délogées par la construction d'une gare supervisée par la Société du Grand Paris. La mairie précisait dans le courrier qu'elle concédait à allonger ce délai au 31 octobre 2015. Par la suite, la mairie avait expliqué que le logement de Remedium serait attribué à une employée municipale menacée d'expulsion, en situation urgente.

 

Le dessinateur avait choisi de contester la décision devant le tribunal administratif, avec une requête en suspension, une procédure urgente. « Le juge a noté dans ses conclusions le côté urgent de la situation, et a mis en exergue les contradictions de la mairie dans les documents produits pour justifier l'expulsion », souligne Christophe Tardieux. « Le juge a suspendu la décision, mais l'annulation de la décision de fond est plus longue, entre 9 mois et un an sont nécessaires », précise-t-il.

 

La mairie conteste la décision

 

La mairie du Blanc-Mesnil « conteste évidemment le bien-fondé de la décision », explique le cabinet du maire, qui note par ailleurs que « le juge a écarté tout fondement politique vis-à-vis de la décision de ne pas renouveler la convention d'occupation à titre précaire et révocable, et ne fait pas le lien entre l'activité de caricaturiste de Monsieur Tardieux et cette décision ».

 

D'après la mairie, le juge a contesté le délai supplémentaire accordé à l'instituteur pour l'occupation de son logement, qui prolongeait le titre jusqu'au 31 octobre, en soulignant que ce délai aurait pu être plus important. « La mairie a été victime de sa mansuétude » estime-t-on au Blanc-Mesnil, si bien que la décision du tribunal administratif, « qui accorde en dépit de toutes les règles de droit un titre à Monsieur Tardieux » va être contestée devant le Conseil d'État.

 

Quant aux explications avancées, la mairie indique que la lettre envoyée à Remedium ne faisait pas mention de l'employée municipale, car l'expulsion de cette dernière n'a été connue que le 5 septembre : de manière provisoire, et étant donnée l'urgence de la situation, il était prévu de l'héberger pendant 3 mois dans ce logement, dans l'attente d'une nouvelle adresse.

 

Le recours en cassation devant le Conseil d'État interviendra rapidement, mais le délai avant sa décision est estimé entre 6 et 8 mois. « Je m’y attendais : dans leur bêtise, je m’imaginais mal qu'ils s'arrêteraient là. Qu'ils fassent appel, si cela peut leur faire plaisir, cela va nous permettre de faire de recherches et de nous préparer », commente simplement Christophe Tardieux.