Le catalogue, levier pour faire décoller l'ebook en bibliothèques

Clément Solym - 20.03.2012

Edition - Bibliothèques - serdaLab - bibliothèque - ebooks


Le nouvel espace du Salon du Livre, Biblidoc, a accueilli la présentation des résultats d'une étude du SerdaLAB consacrée aux « Pratiques d'achat, usages et attentes en matière de livres électroniques dans les bibliothèques ». Retour sur les chiffres, sur ce qu'ils révèlent de l'offre actuelle et des améliorations à apporter, notamment vis-à-vis de la gestion du catalogue.

 

L'enquête a été menée auprès de deux catégories d'établissements : les bibliothèques de recherche et les bibliothèques de lecture publiques. 94 bibliothèques de recherche, composées à 52 % de bibliothèques universitaires, ont participé à la première partie de l'étude, et représentent des configurations variées : de 1 à plus de 80 salariés, et dotées d'un catalogue de moins de 10000 titres à plus de 200 000.

 

Premier constat pour Virginie Boillet, directrice de l'étude : « La recherche est numérique, avec une phase de substitution plutôt que de doublonnage des titres papiers ». 59 % des bibliothèques de recherche interrogées achètent en numérique depuis au moins 3 ans, avec un catalogue de 7000 titres en moyenne : la moitié des établissements propose entre 50 et 2000 titres numériques. En y regardant de plus près, on trouve dans ce catalogue une majorité d'ouvrages techniques, scientifiques ou économiques, ainsi que des dictionnaires, des encyclopédies et des ouvrages sur l'informatique.


 De gauche à droite : Catherine Thiolon (GFII, Éditions Quae), Virginie Boillet (Directrice de l'étude), David Liziard (Directeur des médiathèques d'Issy-les-Moulineaux)



Du côté des bibliothèques publiques, seuls 12 % des établissements interrogés achètent des livres numériques, et sont majoritairement des bibliothèques/médiathèques abritant plus de 200 000 ouvrages. 15 % sont en phase de test, et 42 % réflechissent à l'achat. Les derniers 30% évoquent probablement le numérique avec une pointe d'amertume : ces établissements n'envisagent pas l'achat d'ebooks à cause de la baisse des budgets d'acquisition. La stratégie d'achat, en bibliothèques publiques, est plus de l'ordre du double exemplaire papier/numérique pour un même titre (67 %). Sans surprise, la littérature est en tête des catalogues (71 %), suivie de près par le livre pratique (64 %) et la documentation (50 %).

 

Dans les deux cas présentés, bibliothèques publiques ou de recherche, le principal frein à l'achat du livre numérique reste la complexité et l'instabilité du modèle économique, partagé selon les ouvrages entre l'achat ou l'abonnement, auprès de fournisseurs comme Numilog, Cyberlibris, Encyclopedia Universalis ou Publie.net. La recherche s'approvisionne également chez Couperin (60 %), ou directement auprès des éditeurs (54 %).

 

David Liziard, Directeur des médiathèques d'Issy-les-Moulineaux, connaît bien l'enjeu du numérique en bibliothèques, et il souligne lui aussi « l'instabilité» du catalogue de fournisseurs qui vendent en fait une interface et des abonnements. « Je me souviens par exemple de la collection Points de repère sur BiblioVox : du jour au lendemain, nous n'y avions plus accès. Il n'y a pas assez de garanties sur contenu. » Pourtant, « le catalogue est un levier pour faire décoller les usages », note le SerdaLAB.

 

A cela, on pourra toujours opposer la prise de position du PDG de Hachette Livre, Arnaud Nourry, qui déclarait à ActuaLitté : 

 

« Ces lieux ont pour vocation d'offrir à des gens qui n'ont pas les moyens financiers, un accès subventionné par la collectivité, au livre. Nous sommes très attachés aux bibliothèques, qui sont des clients très importants pour nos éditeurs, particulièrement en littérature. Alors, il faut vous retourner la question : est-ce que les acheteurs d'iPad ont besoin qu'on les aide à se procurer des livres numériques gratuitement ? Je ne suis pas certain que cela corresponde à la mission des bibliothèques.

Par définition, me semble-t-il, les gens qui ont acheté un Kindle ou un iPad, ont un pouvoir d'achat, là où les gens qui sont les usagers de ces lieux en manquent. La position de Hachette aujourd'hui, c'est que l'on ne vend pas aux bibliothèques, pour éviter d'avoir ces prix très hauts, considérant qu'il n'y a pas encore de nécessité. On changera un jour, quand on aura trouvé les formules, il y'en a plein d'autres, comme la licence qui octroierait une utilisation durant six mois. Encore une fois, les bibliothèques sont essentielles dans l'économie du livre, mais il est tout aussi essentiel que les gens achètent des livres. Si on commence à donner un accès libre et quasiment gratuit au lecteur pour des versions numériques, alors que le marché est à peine en train d'émerger, on va tuer le marché. » (voir notre actualitté)

 

L'autre grande difficulté pour les bibliothèques consiste à matérialiser le catalogue numérique pour les usagers : un problème d'intégration technique aux équipements de la bibliothèque, en somme. « Si le modèle était plus simple vis-à-vis des usagers, les bibliothèques pourraient investir » Le prêt de liseuses est encore balbutiant,a vec seulement 6% des établissements publics concernés (16% les testent et 50% songent à en acquérir). David Liziard évoque la propre expérience au sein des médiathèques d'Issy-les-Moulineaux, tout en soulignant son scepticisme quant à la chronodégradabilité des titres numériques : « Nous avions 22 liseuses. Nous les avons chargées avec des livres libres de droit, sinon cela aurait été un vrai casse-tête avec les verrous numériques ».