Le "centime Dilicom", vraiment dans l'intérêt des indépendants ?

Clément Solym - 02.11.2012

Edition - Librairies - Dilicom - taxe - librairie indépendante


3 millions € par an, au seul bénéfice de la librairie indépendante, avec Amazon qui participerait à la cotisation, voilà une proposition qui a de quoi faire rêver le plus pessimiste des lecteurs. La taxe Dilicom, proposée par Bruno Parent dans son rapport de mars 2012, et reprise plus récemment par la députée Sonia Lagarde au cours d'un débat à l'Assemblée nationale, fait toutefois craindre un « effet contreproductif » du côté des responsables et utilisateurs du service.

 

 

Librairie Bookshopkatedahl, CC BY-NC-ND 2.0

 

 

La proposition a le mérite d'être simple, sur le papier du moins : pour chaque « ligne de commande » (une ligne de commande équivalant à un seul titre et un seul EAN, quel que soit le nombre d'exemplaires commandés), une taxe serait payée : 1 centime pour le libraire, et 2 centimes pour le distributeur, ou l'éditeur si celui-ci assure lui-même sa distribution. (voir notre actualitté)

 

« Sur le papier, 3 centimes supplémentaires par ligne de commande, cela paraît dérisoire », commence Vincent Marty : « Mais une ligne de commande coûte 3 centimes actuellement ! Avec cette taxe, on multiplie par 2, voire même jusqu'à 3,5 fois le prix du service actuel. » Le directeur de Dilicom connaît les libraires puisqu'il travaille au quotidien avec eux, en assurant de bons Échanges de Données Informatisées (EDI) : bons de commande, catalogues, factures...

 

Et quand on parle libraires chez Dilicom, on inclut certes les indépendants, mais aussi la Fnac ou encore Amazon. Ces émetteurs payent pour l'instant moins de 1 centime la ligne : « en moyenne 0,03 € » souligne François Milliet, président de l'ALIRE (Association des Librairies Informatisées & utilisatrices de Réseaux Electroniques), qui détient 25 % du capital de la SAS Dilicom.

 

En ajoutant « le centime Dilicom », le prix pour l'émetteur est multiplié par 4, qu'il s'appelle Amazon ou farouche indépendant... Mais le premier, parce qu'il ne touche rien à l'arrivée, pourra toujours claquer la porte, arguant que les seuls impôts qu'il doit sont pour le Luxembourg. « La disparition possible des grands opérateurs, c'est toujours cela de moins pour faire évoluer le réseau... » poursuit Milliet.

 

Dilicom repose sur un principe de mutualisation, qui pourrait faire payer chèrement tout départ d'un grand acteur aux membres restants. Ainsi, si Amazon ne souhaite pas aider la librairie indépendante et se retire du service Dilicom, les libraires locaux pourraient amèrement le regretter.

 

« La librairie indépendante a besoin d'aide, tout le monde le sait et je le sais, mais j'ai peur que cette taxe soit contreproductive » : Vincent Marty et François Milliet s'accordent sur ce point, comme « l'ensemble de la profession », d'ailleurs. Mais déplorent l'absence d'autres hypothèses de travail, et une arithmétique « un peu facile ». Le Syndicat de la Librairie Française, lui, a d'ores et déjà signalé que la taxe pourrait être payée.