Les archives de García Márquez achetées par l'université du Texas

Clément Solym - 25.11.2014

Edition - Bibliothèques - Gabriel Garcia Marquez - Texas archives - acquisition documents


En avril dernier, le prix Nobel de littérature colombien quittait ce monde. Salué partout dans le monde, jusqu'à la chanteuse Shakira qui évoquait son œuvre comme « un cadeau unique et irremplaçable », Gabo avait incarné cette écriture du réalisme magique. Or, ce fervent critique de l'impérialisme américain, interdit de territoire aux États-Unis, va faire un pied de nez à l'histoire.

 

 

 

 

Le Centre Harry Ransom de l'université du Texas, à Austin, a annoncé l'acquisition des archives du romancier : manuscrits, cahiers, albums photo, mais également correspondance et objets personnels font partie du lot. On y retrouve même deux machines à écrire Smith Corona et cinq ordinateurs Apple. 

 

Steve Enniss, directeur de l'établissement, souligne que le Centre Ransom est le plus important établissement du pays, à disposer d'archives littéraires de premier ordre. On y retrouve en effet celles de James Joyce, d'Ernest Hemingway, ou de Faulkner et Jorge Luis Borges. « Il est tout à fait normal que García Márquez rejoigne notre collection. Il est difficile d'imaginer un romancier qui ait eu un aussi vaste impact », précise-t-il.

 

Les archives ont été achetées auprès de la famille, avec, notamment, le tapuscrit de Cent ans de solitude, contenant les corrections apportées à la main par l'écrivain, adressées à son éditeur, avec la mention, « Nous nous reverrons en août ». 

 

« C'est comme ouvrir une fenêtre sur le laboratoire d'un alchimiste de renom qui n'aimait pas toujours l'idée que ses recettes de potions soient connues. Elles nous montrent les faiblesses, les versions rejetées, les mots éliminés. On observe vraiment la lutte de la création », assure Jose Montelongo, spécialiste de littérature latino-américaine à l'université.

 

Dans la correspondance de García, on retrouve des courriers écrits par une multitude d'auteurs, comme Graham Greene, Milan Kundera, Julio Cortázar, Günter Grass et Carlos Fuente, précise l'université. En revanche, on n'y retrouve que peu de documents sur l'amitié qu'il entretenait avec Fidel Castro, ou encore sur ses activités politiques. Son fils précise qu'il n'y a aucune volonté de censurer quoi que ce soit : García Márquez avait surtout mené ses actions par téléphone, ou directement en face à face. 

 

La ministre de la Culture de Colombie, Mariana Garces a assuré que ces 2000 documents étaient une véritable perte pour le pays, mais la famille de l'auteur a souligné que le gouvernement colombien ne l'avait pas approchée. Bill Powers, recteur de l'université, garantit qu'elle dispose « d'une expertise à la fois en Amérique latine, et la préservation, autant que l'étude du processus d'écriture » devenant « le foyer naturel pour cette très importante collection ». 

 

Rodrigo García Márquez, fils de l'écrivain, rappelle aussi, non sans humour, que son père avait pris l'habitude de dire : « Une des choses les plus tristes sur ma mort, c'est que c'est le seul événement dans ma vie, sur lequel je ne pourrai pas écrire. »