Le CEO de Hachette présente ses excuses aux auteurs pour Amazon

Nicolas Gary - 25.05.2014

Edition - Economie - Amazon - Hachette Book Group - précommandes de livres


La situation ne s'améliorera pas tout de suite, entre Amazon et Hachette Book Group, mais l'éditeur tente de préserver sa relation avec les auteurs, a-t-on appris. Dans un courrier rédigé par Michael Pietsch, CEO de Hachette Book Group, à destination des auteurs, ce dernier présente des excuses officielles, pour ce qui ressemble à un vilain, vilain rêve.

 

 

 Frankfurt Book Fair 2013

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

« Je suis désolé de vous dire que, désormais, Amazon a supprimé la possibilité de précommander les publications de Hachette Book Group », explique le grand patron. « Sachez que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour trouver une solution à cette situation difficile, qui servira les auteurs et leur travail », poursuit Pietsch dans sa lettre. L'éditeur promet que ses attentions sont tournées vers les créateurs, et la pérennité de la relation qui les unit à leur éditeur. « Je sais que ce n'est pas une situation confortable pour la plupart d'entre vous, et je vous remercie de votre soutien et des nombreux messages que j'ai reçus. » 

 

Depuis deux semaines, le conflit entre Amazon et Hachette Book Group s'étale dans la presse, et monte véritablement crescendo. Dans un premier temps, le constat était que le cybermarchand avait supprimé les remises traditionnellement pratiquées sur les livres, et proposait des délais de livraison de 2 à 5 semaines. Bien entendu, la version numérique des ouvrages était toujours disponible. 

 

Depuis vendredi dernier, c'est un nouveau pas qui est franchi, puisque les précommandes de livres à sortir dans les semaines prochaines sont désormais impossibles. Et dans le même temps, alors que Hachette limite au maximum les communications, Amazon reste muré dans un silence définitif. 

 

Parmi les nouveautés frappées par la disparition du bouton de précommande, Robert Galbraith, le pseudonyme de JK Rowling, ou encore Douglas Preston, Lincoln Child ou Tom Rob. Pour certains titres, on peut lire les premières pages, sans plus. Toutes ces sorties, prévues pour le mois de juin, et de juillet. Et plutôt que d'encourager, comme cela se voit dans les pages du site, les clients à précommander les ouvrages, on ne retrouve plus que de grands vides : format Kindle, Hardcover, ou même Paperback et audiobook sont laissés vierges. Aucun renseignement, sinon l'incitation à laisser son email pour être alerté de la date prochaine de publication. 

 

Les problèmes auraient commencé en novembre 2013...

 

Si le conflit a été officialisé dans la presse voilà un peu plus de deux semaines, plusieurs agents ont assuré que les premiers problèmes rencontrés entre Amazon et Hachette remontent à la fin de l'année passée. Manifestement, on espérait pouvoir laver le linge sale en famille, sans avoir à craindre que l'affaire ne s'ébruite. L'auteur Michael J. Sullivan avait rapporté que ses propres soucis s'étaient manifestés en février dernier, et l'agent Kristin Nelson l'avait remarqué en novembre 2013. 

 

« Mes auteurs Hachette et moi avons remarqué ce problème de transport, et plusieurs fois, nous avons attiré l'attention des éditeurs de Hachette dessus. Plusieurs fois. Par emails répétés. On nous a assuré que tout allait bien. » Aujourd'hui, réclamant des comptes, l'agent s'entend donc répondre que les discussions commerciales entre Amazon et Hachette ne la regardent pas et que rien ne serait communiqué à des tiers, « ce qui laisse les auteurs dans le flou, les agents, comme moi, fulminent, et cela favorise un climat général de méfiance, considérant que l'éditeur n'est pas franc ».

 

Pour certains, il faudrait mettre en relation ces informations avec les résultats financiers du premier trimestre - qui auraient pu même être impactés par cette situation, si Amazon a bien le pouvoir financier qu'on lui prête. « Les États-Unis affichent également une progression (+ 0,7 %), avec entre autres les succès de The Goldfinch, de D. Tartt, I Am Malala, de M. Yousafzai, et de David et Goliath, de M. Gladwell », assurait le groupe Lagardère, présentant un trimestre 4 2013 dont l'activité a été en forte hausse, de 6,7 % à données comparables. 

 

Mais pour le premier trimestre 2014, la situation est très différente : avec 393 millions € de chiffre d'affaires, Lagardère Publishing enregistre -6,2 % en données brutes et - 5,2 % en données comparables. « Cette variation s'explique par le niveau très élevé de chiffre d'affaires en 2013 (succès spectaculaire de la trilogie Fifty Shades en France). Notons que le chiffre d'affaires du premier trimestre 2014 est stable par rapport à la même période en 2012 », précisait le groupe. Et si tout le premier trimestre avait en plus subi les outrages d'un revendeur décidé à mettre des bâtons dans les ventes ?

 

Plus de précommandes : l'éditeur aveuglé ?

 

En dehors des ventes de best-sellers, Amazon pourrait aussi avoir un effet particulièrement nuisible. Le Digital Reader va plus loin dans ce sens : dans cette guerre de prix, de vente et de négociations contractuelles, quelle serait l'incidence inattendue de la suppression du bouton de précommande ? Rendre aveugle l'éditeur sur les pronostics de vente et les perspectives à attendre des résultats de ces livres...

 

 

Exposition Astérix à la BnF

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Les précommandes sont nécessairement une partie des perspectives financières liées à un livre, tout particulièrement sur les titres avec un très fort potentiel - le vrai-faux Rowling en tête de liste. En supprimant une donnée importante sur le comportement d'achat, le groupe perd finalement une part non mesurable, certes, mais certainement non négligeable, de ce qu'il aurait pu obtenir, pour mieux appréhender son prévisionnel. 

 

Au cours du premier trimestre, les ventes de livres numériques de Hachette Book Group ont représenté 34 % du chiffre d'affaires. « En concentrant les ordres de vente de plusieurs semaines, ou mois, sur une seule journée, quand le livre sort, les précommandes permettent de propulser les livres dans les listes des meilleures ventes. Les éditeurs souhaitent maximiser les ventes durant les premiers jours, et les précommandes sur Amazon jouent en grande partie sur ce point », analysait Mike Shatzkin, de Idea Logical Co. 

 

Plus que de priver de données sur les résultats à venir, et d'estimations sur l'enthousiasme des lecteurs, la suppression des précommandes va peser dans le système des Top Amazon, et coûter cher aux ouvrages du groupe.