Le cercle vicieux des retours non maîtrisés des libraires

Julien Helmlinger - 17.07.2013

Edition - Economie - Librairie - Edition - Retours


Tandis que le métier de libraire semble au pied du mur, les observateurs des rouages de la chaîne du livre remettent régulièrement en question la pratique des retours de livres invendus vers les éditeurs. Et en effet, bien que les métiers du livre constituent souvent une passion aux yeux de leurs professionnels, et qu'ils ont tendance parfois autodestructrice à vouloir donner leur place sur une étagère à chaque ouvrage, il ne faudrait pas perdre de vue que tout commerce doit vendre ses produits s'il entend se maintenir. Une question de responsabilités avant tout.

 

 

Mai 68

La librairie Coiffard de Nantes, Stéfan, CC BY-SA 2.0

 

 

La menace de l'e-commerce n'a plus rien d'une chimère pour les boutiques physiques, et vient s'ajouter à une économie globalement déjà bien déstabilisée. La politique des retours, lorsqu'elle n'est pas un minimum maîtrisée, devient néfaste autant pour les libraires que pour les éditeurs. Comme l'évoque l'autoédité David Gaughran, dans son Let's Get Digital, les retours concerneraient plus de la moitié des livres imprimés, ce qui fait pas mal de papier. Pour éviter de perpétuer le cercle vicieux, et retrouver le sens pragmatique des affaires, il n'y aurait pas tellement de remèdes miracles.

 

Du côté des libraires, l'assainissement du taux de retour pourrait éventuellement passer par un affinement de la sélection de livres stockés en librairie. Un tri plus personnalisé qui s'accompagnerait idéalement d'un rapprochement avec la communauté des clients, apportant ainsi du lien humain dans les échanges et, pour le professionnel, une meilleure connaissance des attentes de ses fidèles.

 

Et pour ce qui concerne les maisons d'édition, celles-ci gagneraient sans doute à proscrire de leurs politiques toute pratique d'office sauvage, à savoir des livraisons d'ouvrages en quantités plus élevées que celles commandées par les libraires partenaires. Et peut-être éviter de publier en format papier des livres qui auraient toutes les chances de ne pas se vendre. La prise de risques, en numérique, resterait tout de même moins coûteuse.

 

L'occasion de revenir sur la récente mesure prise dans cette optique par les éditions de La Différence, et visant à proposer aux libraires un taux de remise sensiblement plus élevé contre un taux de retour des ouvrages de la maison limité à 10 % du chiffre d'affaires HT globalisé par période.

 

Au final, assainir le commerce du livre imprimé impliquerait certes des renonciations qui peuvent être senties comme douloureuses par les deux professions. Mais quoi qu'il arrive, en ce qui concerne les stocks d'invendus, il faut bien admettre qu'on a plus qu'à s'asseoir dessus.