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Le certificat de décès de Pablo Neruda, un faux : le cancer ne l'a pas tué

Victor De Sepausy - 21.10.2017

Edition - International - Pablo Neruda décès - cancer mort Pablo Neruda - Chili dictature pinochet


Une fois encore, la mort de Pablo Neruda est au coeur des interrogations, avec cette fois l’assurance donnée par des experts que le poète chilien ne serait pas mort d’un cancer. Le décès du prix Nobel de littérature de 1973, survenu deux semaines après le coup d’État d’Augusto Pinochet, fait encore planer nombre de doutes. Pas de cancer, donc… mais pas de véritables révélations non plus.


neruda
Nuno Lopes, CC BY NC ND 2.0

 

 

Les derniers tests réalisés sur le cadavre de Pablo Neruda confirment désormais que le cancer de la prostate n’est donc pas la cause de sa mort. Le Dr Aurelio Luna, au cours d’une conférence de presse, a assuré que les « experts sont convaincus à 100 % que le certificat de décès du poète ne reflète pas la réalité de sa mort ». Certes, Neruda était bien atteint par cette maladie, mais les 16 scientifiques internationaux réunis concluent qu’elle n’était pas une menace immédiate pour sa santé.

 

Désormais, d’autres tests porteront sur l’examen des toxines trouvées sur le corps exhumé en 2013, après décision d’un juge. 

 

La piste d’une bactérie à suivre

 

Aujourd’hui, Aurelio Luna, spécialiste espagnol de la médecine légale à l'Université de Murcia, a déclaré aux journalistes que son équipe avait découvert une bactérie, possiblement cultivée en laboratoire. Elle sera donc analysée avec méthode, pour en apprendre plus. Les résultats ne sont pas à attendre avant six mois, voire une année.

 

« De par l’analyse des données actuelles, nous ne pouvons pas valider l’idée que le poète était dans une situation de mort imminente, au moment de son entrée dans l’hôpital. Nous ne pouvons pas non plus confirmer que la nature de son décès ait été violente ou naturelle », a-t-il poursuivi.

Toutefois, la cachexie – un affaiblissement de l’organisme, lié à une dénutrition – est définitivement exclue elle aussi. Au moment de son décès, le poète pesait encore 100 kg, et bien qu'ayant maigri, du fait d'une mauvaise nutrition, il était encore résistant et solide – malgré ses 69 ans.

 

Les restes de Pablo Neruda rendus à la famille, sans certitude sur sa mort
 

D’ores et déjà, la thèse du cancer étant écartée, les soupçons d’assassinat politique reviennent : son épouse, Matilde, avait toujours clamé qu’elle ne croyait pas à la cause du décès prétendue jusqu’à présent. La coïncidence entre l’accès au pouvoir de Pinochet, le départ prévu de Neruda qui devait quitter le Chili, et sa mort le 23 septembre, soit 2 semaines après le coup d'État, a toujours laissé les observateurs sceptiques. 
 

La thèse de l’assassinat

 

Son ancien chauffeur, Manuel Araya, avait d’ailleurs participé au trouble en affirmant qu’une injection mortelle était à l’origine de son décès. « Pablo Neruda disposait d'une grande influence dans le monde. Il voulait appeler les intellectuels et les présidents du monde à l'aider dans sa volonté de restaurer la démocratie dans le monde », affirmait-il en mai 2011.

 

Et il n’a eu de cesse, depuis, que de s’en tenir à sa version : « Neruda a été assassiné, ils ne voulaient pas qu’il quitte le pays, et pour cela, ils l’ont tué. » Par “ils”, on comprendra évidemment le régime de Pinochet, que Neruda avait dénoncé. En outre, le poète était proche du président socialiste Salvador Allende, qui  fut déchu suite à la prise de pouvoir par l’insurrection. 

 

Le gouvernement chilien a également fait part de ses doutes, assez tardivement : en 2015, un communiqué estimait que la cause du décès pouvait « être hautement imputable à un tiers ». Or, au cours des quatre dernières années, aucun examen toxicologique n’a révélé d’agent mortel ni de poison dans les os du corps. La famille, pour sa part, est totalement divisée sur le sujet : le cadavre, qui a été remis en terre l’an passé, ne devait pas être exhumé, estiment certains des héritiers.

 

Le Chili admet la possibilité du meurtre de Pablo Neruda
 

En l’état, la nouvelle théorie d’une bactérie injectée en vue de le tuer conforterait alors le pays dans son soupçon. Quant au staphylocoque doré trouvé l'an passé, il pourrait ne pas suffire à expliquer la mort, bien que cette bactérie puisse être mortelle. Il aura tout de même fallu près de trente années – la dictature de Pinochet s’est arrêtée en 90 – pour que ce dossier soit rouvert, et étudié. Elle reste donc la seule piste pour tenter de trouver la vérité.

 

Le fait que Neruda soit décédé dans l’hôpital de Santiago conduira à de nouvelles théories. Reste que les meurtres d’opposants au régime de Pinochet n’étaient pas rares durant cette période. On estime que 3200 personnes auraient perdu la vie durant les 17 années du régime du général. 
 

Problème : si les scientifiques sont désormais formels, les conclusions de l’enquête menée en 2011 avaient déjà conduit aux mêmes affirmations. Lorsque le Parti communiste chilien avait porté plainte, son avocat, Eduardo Contreras, avait assuré : « L’enquête a déjà permis d’établir que Neruda n’est pas mort d’un cancer de la prostate comme le dit le certificat de décès, mais d’un arrêt cardiaque. » 

 

Il faudrait alors définir si, oui ou non, quelques heures avant la mort de l’écrivain, alors qu’il était à l’hôpital, une injection lui a réellement été faite, comme on a pu l’entendre…

 

 

via La nacion, RTE