Le château Angelus ne l'emporte pas au paradis contre le livre Vino Business

Cécile Mazin - 23.09.2016

Edition - Justice - Albin Michel viticulture - Isabelle Saporta vino business - Angelus classement Saint Emilion


En mars 2014, Hubert de Boüard portait plainte contre Albin Michel et l’auteure de Vino Business, Isabelle Saporta. Le propriétaire du château Angélus, à Saint-Émilion s’estimait diffamé. À tort, vient de répondre la justice. 

 

Saint Émilion - Château Angelus

Juline Meninichi, CC BY 2.0

 

 

Vino Business n’était pas tendre avec le monde viticole, et plus spécifiquement le terroir de Saint Emilion : le classement établi peu avant la publication de l’ouvrage, en 2012, classait les châteaux Angelus et Pavie au rang des Premiers grands crus classés A. Aux nues, donc, puisqu’ils rejoignaient Cheval Blanc et Ausone. 

 

Hubert de Boüard voyait alors dans le livre une attaque contre la probité de cette classification – l’ouvrage pour sa part pointait plusieurs détails intrigants. Ainsi, l’homme fut membre du Comité régional et national de l’Institut national de l’origine et de la qualité. Or, cette institution est censée établir ledit classement.

 

Ayant assisté à des réunions de l’Institut entre 2010 et 2012, selon l’ouvrage, l’homme était alors pointé du doigt... Et les liens que l’auteure dévoilait faisaient mal. D’autant que, selon Isabelle Saporta, les nouvelles conditions établies par l’INAO semblaient désormais taillées sur mesure pour le château. 

 

Vino Business : Enquête sur les dessous de l'économie viticole. Une véritable tragi-comédie sur fond d'argent avec ses rivalités et ses intrigues où le vin est devenu de l'or rouge qui s'arrache à des prix inconcevables.

 

 

Ainsi, le classement pouvait découler de critères de prestige et de célébrité. Or, Angelus était déjà apparu au cinéma, dégusté par un certain James Bond, dans Casino royale.

 

 

 

En 2014, le propriétaire se défendait comme un diable : « Toutes les garanties ont été apportées pour garantir au classement son impartialité. Le classement a été mené par des organismes certificateurs indépendants. » Et l’auteure, alors contactée par l’AFP, maintenait sa position : « Le vin est un monde de courtisanerie. J’ai mis les pieds dans le plat et ça ne plaît pas. »

 

Le jugement rendu par le tribunal correctionnel de Paris aura renvoyé Hubert de Boüard à ses vignes. Présenté comme « le petit Machiavel du vin », il avait accusé l’ouvrage, l’auteure et l’éditeur de diffamation. Mais les juges ne l’ont pas entendu de cette oreille.

 

Ils reconnaissent volontiers que l’ouvrage présente « une image extrêmement péjorative » du propriétaire du château, et que le texte peut être ironique, autant que polémique. Toutefois, « aucun des propos retenus ne peut être considéré comme diffamatoire ». 

 

Retrouver un extrait de Vino business de Isabelle Saporta 

 

 

Hubert de Boüard avait demandé 50.000 € de dommages-intérêts, ainsi que 10.000 € de frais de justice. « Je revendique le fait d’être actif et d’être un entrepreneur, mais je revendique aussi mon honnêteté », assurait-il. 

 

Rappelons que plusieurs vignerons s’étaient vu refuser le titre obtenu par Angelus. « Quand vous êtes “Grand cru” votre hectare de vignes vaut 1,5 million, quand vous êtes “Premier grand cru” c’est 4 ou 5 millions, quand vous n’êtes plus classé c’est 600.000 euros », assurait durant l’audience Isabelle Saporta. 


Pour approfondir

Editeur : Albin Michel
Genre : sciences...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782226254795

Vino business

de Isabelle Saporta

Sur les terroirs de la viticulture française, derrière les étiquettes prestigieuses de nos plus grands vins, se joue un impitoyable Dallas hexagonal avec ses rivalités, ses haines viscérales, ses intrigues et ses coups bas. Une tragi-comédie viticole sur fond d'argent roi, avec ses héros, ses mégalos et ses salauds. Mais chut... Le silence est de mise car les enjeux sont colossaux. Le vin, véritable or rouge, est devenu le pétrole moderne que s'arrachent à des prix indécents les gros industriels et les investisseurs asiatiques sous le regard bienveillant de nos services publics. Cette enquête inédite et approfondie dévoile pour la première fois la face cachée de nos vins. Un document choc qui révèle l'épopée de breuvages plombés par les pesticides, la spéculation folle qui a pris d'assaut nos vignes et nos vins, les mystères du classement des grands crus, et la cécité volontaire des autorités. Un petit monde à la cruauté sans pareille, où tous les coups sont permis.

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