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Le Chili célèbre l'arrivée du Winnipeg, bateau affrêté par Pablo Neruda

Julien Helmlinger - 02.09.2014

Edition - International - Pablo Neruda - Winnipeg - Bateau de réfugiés


Cette semaine, le Chili célèbre les 75 ans de l'arrivée sur ses côtes du Winnipeg. Le bateau affrété de France, à l'initiative du poète chilien Pablo Neruda, avait permis à plus de 2000 réfugiés de fuir la guerre civile espagnole. L'écrivain, atteint par l'assassinat de son ami et pair espagnol Federico Garcia Lorca, en août 1936, soutenait dès lors le camp républicain. En tant que consul pour l'immigration espagnole à Paris, il su convaincre le président chilien de l'époque, Pedro Aguirre Cerda, de faire embarquer ces réfugiés à destination du Chili.

 

 

 


Victor Pey, désormais âgé de 99 ans aujourd'hui, était employé en Catalogne dans la fabrication d'armes et de munitions au cours de la guerre civile. Comme des milliers d'autres réfugiés, il a dû quitter l'Espagne au moment où les troupes franquistes s'emparaient de Barcelone. Il était du voyage, sur le Winnipeg, et se souvient : « Mon frère et moi, nous avons traversé les Pyrénées avec une boussole, en hiver, et nous nous sommes arrêtés dans un camp de réfugiés. »

 

Ce fut seulement une fois arrivé à Paris, explique-t-il à l'AFP, dans une France pas encore tout à fait en guerre, qu'il lu dans le journal que le consul pour l'immigration espagnole Pablo Neruda organisait des entretiens au consulat. Ceux-ci impliquaient des réfugiés espagnols dans l'optique de les emmener de l'autre côté de l'Atlantique, au Chili.

 

Victor Pey s'est alors retrouvé face au poète qui prenait ses notes dans un carnet : « J'ai cru que c'était perdu d'avance, parce que l'entretien avec Neruda n'a pas été très chaleureux, mais au bout de dix jours j'ai reçu un avis nous demandant d'embarquer immédiatement sur le Winnipeg, à Trompeloup (Gironde). »

 

Mercedes Corbato, également du voyage, se rappellent que le voyage s'est organisé alors que ces réfugiés n'avaient pas d'autorisation pour vivre en France. Leur crainte était d'être déportés. Pour elle et les quelque 2.200 pêcheurs, paysans, ouvriers, intellectuels, anciens militaires, et jeunes enfants, « cela a été un grand bonheur de pouvoir monter dans ce bateau, qui allait nous amener vers la liberté ».

 

Pour atteindre cette liberté, il aura fallu 30 jours de voyage. Dans l'embarcation de 4.500 tonnes, les cales ont été aménagées avec des matelas ainsi qu'une cantine. Et le 3 septembre 1939, le Winnipeg arrivait finalement à bon port. Même si l'embarcation allait être détruite par l'armée nazie lorsque la Seconde Guerre mondiale éclata, selon l'historien espagnol Mario Amoros.

 

Victor Pey raconte que les réfugiés sont « arrivés à la tombée de la nuit au port de Valparaiso, et, la première chose que l'on a vue, c'était très joli, les collines de Valparaiso toutes illuminées. Le jour suivant, la majorité des voyageurs a pris un train pour Santiago, la capitale, où une foule de gens nous a reçus avec beaucoup de tendresse ». Une grande partie d'entre eux aurait alors trouvé du travail rapidement.

 

Mais si certains allaient finir leur vie au Chili, d'autres dûrent fuir encore. Car avec le coup d'Etat d'Augusto Pinochet, en septembre 1973, certains sympathisants de la gauche déchue de Salvador Allende se sont à nouveau exilés. En ses mémoires, Pablo Neruda évoque cet épisode humanitaire comme « la plus noble mission accomplie dans ma vie ». Pour Victor Pey, c'est aussi « ce qui a permis que je garde ma vie, mon travail et ma dignité ».