Le cinquantenaire du Festin Nu, William Burrough à table

Clément Solym - 20.04.2009

Edition - Société - cinquantenaire - Festin - nu


Le Festin nu est paru en 1959 à Paris, publié par Olympia Press, qui avait peu auparavant fait paraître Lolita de Nabokov. Autant dire que la maison avait déjà tracé sa voie, mais le livre de Burroughs a pourtant peu de répercussions, alors ce cinquantenaire, il prendra peut-être plus d'importance en 2012, quand on fêtera celui de la publication américaine. Pour controversé qu'il reste, le livre, à mi-chemin entre le polar paranoïaque, le complot mondial et la dérive d'un héroïnomane, garde une atemporalité fulgurante.

Entre les sauts dans le temps, l'espace et les dimensions, il reste l'une des oeuvres impossibles à résumer, si ce n'est à travers ce que Burroughs nomma « l'algèbre du besoin », ou la quête effrénée, et parfois désespérée de la drogue. Certes, mais l'ouvrage propose aussi une métaphore triple, tournant autour du contrôle, qu'il soit sexuel, politique ou social. Et de la destruction que ce désir implique. Le contrôle s'exerce à nos dépens, comme la drogue nous lie à elle : le tonneau des Danaïdes n'est pas loin...

En outre, l'approche homosexuelle permanente qui sous-tend le roman avait choqué l'Amérique puritaine, et attisé la colère juridique d'un pays toujours peu enclin à se regarder autre chose que le nombril. Mais qui sommes-nous pour juger ? Aujourd'hui que les hommages d'auteurs, de réalisateurs - Ah, Cronenberg... - se sont multipliés au fil du temps, il faut rappeler au lecteur que le livre avait subi le même outrage qu'en leur temps, Les fleurs du Mal de Baudelaire avaient subi.

Considéré comme obscène par le tribunal de Boston, Le Festin nu n'aura finalement fait qu'ouvrir une porte accédant directement à l'éclosion d'une littérature et de créations sexuellement explicites, comme l'on dit dans le jargon. La Beat génération, qui trouva sur sa route des Kerouac ou des Ginsberg avait également découvert un autre homme dont le livre entrerait directement dans le Panthéon des livres immortels. La lecture hier comme demain, se fera toujours en se demandant si la publication est récente, tant ce livre déjoue toute tentative de contextualisation.