Le classement Facebook des livres favoris des Français : Potter en tête

Nicolas Gary - 16.10.2014

Edition - Société - Facebook livres - utilisateurs - Book Bucket Challenge


Relayé par toutes les rédactions, le classement des livres favoris des Français, opéré par Facebook, a de quoi faire sourire, alors que l'on nage en plein marasme avec Adobe qui espionne les utilisateurs de ses logiciels de lecture d'ebooks. Comment le réseau social a-t-il procédé pour parvenir à Harry Potter, grand favori des lecteurs de France ? Facile : il a recensé les participations au Book Bucket Challenge.

 

Facebook

Massimo Barbieri, CC BY SA 2.0 

 

 

Mais si, l'un ou l'autre de vos amis vous a certainement fait parvenir ce petit message : le Book Bucket Challenge, c'était un détournement du Ice Bucket Challenge, le seau d'eau glacé et la vocation humanitaire en moins. Il suffisait de donner la liste des 10 livres que l'on préfère, puis de faire passer le message à son voisin. Champion du monde !

 

En croisant les données des internautes, Facebook est donc parvenu à recenser, dans différents pays, les réponses des uns et des autres. Ainsi, au Brésil, en Inde, aux Philippines, en Italie ou en France, Harry Potter est le grand chouchou des utilisateurs du réseau. S'ensuivent alors : 

 

2 Le petit prince — Antoine de Saint-Exupéry

3 Ça — Stephen King

4 Le seigneur des anneaux — J.R.R. Tolkien

5 Les fleurs du mal — Charles Baudelaire

6 1984 — George Orwell

7 L'alchimiste — Paulo Coelho

8 L'étranger — Albert Camus

9 Les fourmis — Bernard Werber

10 Le parfum — Patrick Süskind

 

Chose intéressante, 74 % des répondants sont des répondantes, âgées de 36 ans en moyenne. 

 

Ce qui prête moins à sourire, c'est que ce type de démarche statistique masque la réalité du réseau : depuis mars 2013, Mark Zuckerberg a fait mettre en place différents outils, pour les utilisateurs, permettant d'opérer des actions spécifiques autour de ses lectures. 

 

Le réseau notait d'ailleurs que le livre représentait « l'un des signes les plus forts de l'identité des utilisateurs », qui partagent très facilement leurs lectures et leurs ouvrages favoris sur leur Timeline. Outre qu'en France, un service comme celui de Babelio est nettement plus complet, et clairement moins intrusif, les applications qui en découlent sont autant de solutions de monétisation des données personnelles de lecteurs. Facebook ne cachait d'ailleurs pas trop ses motivations : « Cela permet d'améliorer la capacité des développeurs à publier des sortes d'activités que les gens veulent partager. »

 

Si la grande différence avec le cas Adobe, reste que les utilisateurs des solutions logicielles Adobe Digital Editions 4 n'étaient absolument pas au courant que la société collectait leurs données de lectures, on n'en reste pas moins dans un cas fumeux. Répondre sur ses lectures favorites est un outil supplémentaire de classification. 

 

Classer, conseiller, publicité

 

L'auteur Neil Jomunsi, que ActuaLitté avait accueilli en résidence pour l'écriture du Projet Bradbury, durant une année de 52 nouvelles, à raison d'une par semaine, avait souligné cette paradoxale situation.

Facebook est une belle invention qui nous permet de rester en communication les uns avec les autres.

Néanmoins, cette mise en contact a un prix : celui du fichage systématique au service du marketing personnalisé. Un vieil adage du web dit : « Si c'est gratuit, c'est que vous êtes le produit ». Chaque statut posté (ou non posté), chaque photo, chaque vidéo, chaque commentaire est archivé et utilisé pour améliorer l'algorithme de Facebook, permettant ainsi de vous proposer des offres publicitaires adéquates en rapport avec vos intérêts de moment. En somme, nous travaillons tous pour Facebook. Il devient notre « pharmakon » : un remède qui est aussi un poison.

J'aime beaucoup Facebook, et je l'utilise depuis longtemps. Mais l'idée d'être instrumentalisé dans une gratuité de façade, ou de n'être que le maillon d'une chaîne de promotion commerciale, me met mal à l'aise. Je voudrais pouvoir continuer de l'utiliser sans me heurter à cette marchandisation perpétuelle des liens humains. J'aimerais aussi que cet algorithme me surveille moins.

C'est pour cette raison que j'ai décidé, très courageusement, de poster une photo de saxophone. Je n'aime pas particulièrement cet instrument, je n'ai aucun lien avec lui, et c'est justement pour ça qu'il ne me catégorise pas et qu'à ma manière, je contribue en versant mon grain de sable dans l'engrenage. Pas pour bêtement protester, mais pour instruire et surtout, pour reprendre le pouvoir.

 

Ce qu'il sera plus amusant de se remémorer, c'est que Facebook, toujours lui, avait décidé de jouer au moteur de recommandation, à ses risques et périls. Ainsi des internautes qui avaient aimé les romans historiques de Philip Kerr s'étaient vu proposer la lecture de Mein Kampf. 

 

L'ouvrage avait été retiré de la liste des livres susceptibles d'être recommandés aux membres français de Facebook. L'algorithme de recommandation du réseau fonctionnait en effet sur une base de mots clés, et la période historique commune aux romans historiques de Kerr (le contexte du IIIe Reich, notamment) le conduisait logiquement, mais stupidement, à proposer l'ouvrage du dictateur allemand. 

 

Alors, ceux qui ont aimé Harry Potter, que se verront-ils conseiller ?