Le CNL voudrait conditionner les aides à l'édition à l'impression en France

Antoine Oury - 11.03.2015

Edition - Les maisons - imprimerie France livre - Vincent Monadé CNL - Culture Papier petit déjeuner


Invité par l'association Culture Papier pour un petit-déjeuner qui a rassemblé élus et chefs d'entreprise de l'industrie de l'imprimerie, le président du Centre National du Livre, Vincent Monadé, a souligné l'importance de la production papetière en France. « C'est une des premières missions que je demanderais, si j'en avais la possibilité, pour relocaliser la production en France », a-t-il affirmé.

 

 

Déclaration européenne du Livre - Frankfurt Buchmesse 2014

Vincent Monadé (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Paradoxe de l'époque : le livre papier représente encore 95 % du chiffre d'affaires de l'édition française, mais les imprimeries du pays sont moroses. Si la consommation de papier par l'édition française se limite à 6 ou 7 % du marché (les emballages et les journaux en constituent la majorité), la restructuration de la filière a un impact sur les différents choix de production. 

 

Les fermetures d'imprimeries françaises se sont succédé : les machines nécessaires à la production sont extrêmement chères, et l'investissement pour leur achat est généralement rentabilisé après une trentaine d'années. « Les imprimeurs dégagent un gros chiffre d'affaires, mais de faibles marges, et il est difficile de réaliser ces investissements sur le long terme, », souligne Daniel Wormeringer, responsable du développement Arctic Paper France, une société polonaise-suédoise d'impression, lors d'une table ronde consacré au papier organisée par Fontaine O Livres.

 

Les coûts de développement et de marketing sont par ailleurs très importants pour un papetier, et la guerre des prix déclenchée avec des marchés plus compétitifs a rapidement tué les imprimeries nationales, ou dotées d'une faible trésorerie. Incapables d'effectuer les investissements nécessaires à une remise à niveau technologique des machines — pour l'impression numérique, notamment —, ces imprimeries se sont rapidement retrouvées sur le bas-côté.

 

Dans le même temps, les éditeurs ont démultiplié leurs interlocuteurs, en matière d'impression : « Actuellement, je fais vivre à peu près 150 marques de papier, en achat », avait précisé Pascal Lenoir, directeur de la production chez Gallimard, Président de la CCFI (Compagnie des Chefs de Fabrication de l'Imprimerie et des Industries graphiques) et de la commission environnement du SNE lors de la table ronde de Fontaine O Livres.

 

Mais, parallèlement à la fermeture des imprimeries françaises s'est développé un effet pervers : des expertises françaises sur certaines matières, techniques ou catégories de papier ont disparu, et les groupes d'édition ont dû se tourner vers des concurrents étrangers. C'est par exemple le cas pour les livres jeunesse, que seule la Chine peut produire actuellement.

 

Si les imprimeurs ont fait des efforts sur les coûts, qui « pèsent beaucoup sur le prix d'un livre », certains impératifs de l'industrie de l'édition ne s'adaptent plus à la filière française : « Vous avez parfois besoin de 20.000 Charlotte de Foenkinos dans la journée, pour un nouveau tirage, et il est parfois impossible de les confier à un imprimeur s'il ne peut pas tenir les délais », explique Pascal Lenoir, qui insiste sur le besoin d'imprimeurs de proximité. Et puisque ces livres sont les best-sellers, c'est une belle manne qui échappe à des sociétés françaises.

 

De la même manière, la pâte à papier, matière première, n'est que rarement produite en France : l'importer génère alors des coûts supplémentaires, redoublés par le cours du papier et les taux de change. « Ainsi, même si les éditeurs ne souhaitent pas changer de marque, ils sont obligés de prendre en compte les rapports prix/délai et qualité/prix », termine Pascal Lenoir. « Nous avons trop souvent travaillé les uns sans les autres », diagnostique Pascal Lenoir, « il faut désormais appréhender et anticiper les changements, ensemble ». L'impression à la demande, à ce titre, pourrait constituer une piste à approfondir.

 

L'imprimerie ne fait pas partie des missions du Centre National du Livre, mais Vincent Monadé n'a pas caché sa sensibilité au secteur, devant ses représentants : s'il en a les moyens, les aides à l'édition pourraient être majorées à la condition d'une impression en France — ou du moins par un acteur français, a-t-il affirmé.

 

MàJ 11/03 15h10 :

 

Vincent Monadé a voulu préciser sa pensée, et nous a fait parvenir une citation, que nous reproduisons ici : « Si des moyens complémentaires étaient attribués au CNL, il serait normal qu'il prît en compte l'imprimerie de livres. Dans ce cadre, outre l'ouverture de l'imprimerie à ses prêts économiques, il pourrait faciliter l'impression en France notamment en accordant un bonus supplémentaire aux éditeurs qui décideraient de localiser leur production sur notre territoire. »