Le CNRS menacé par une réforme non consentie

Clément Solym - 19.06.2008

Edition - Société - réformes - CNRS - scientifiques


Après les récentes menaces qui ont pesé sur le Palais de la Découverte, c'est le CNRS qui pourrait être menacé par une réforme très mal vue par la communauté scientifique.

En effet, Le gouvernement a décidé de lancer un projet de réforme du CNRS qui doit être examiné aujourd'hui même par son conseil d'administration. La réforme prévoit notamment de diviser le CNRS en plusieurs instituts. Six instituts seraient créés (mathématique, chimie, physique, sciences humaines et sociales, sciences de l'ingénieur, et écologie et biodiversité), en plus des deux déjà existants (sciences de l'univers, et physique nucléaire).

L'association Sauvons la recherche explique qu'elle est contre un « découpage du CNRS en instituts indépendants, dont la nomination des directeurs et les budgets seraient contrôlés directement par le pouvoir politique ». De plus, tous ces instituts n'auraient pas la même reconnaissance, certains deviendraient des instituts « nationaux » alors que d'autres non. Enfin en ce qui concerne les disciplines de l'informatique et des sciences de la vie, le CNRS devrait compter avec l'Inria et l'Inserm.

De vives réactions dans le monde de la recherche scientifique

Sauvons la recherche estime que ces réformes, en l'état, représentent une menace d'une « extrême gravité » pour « le monde académique » et elle ajoute qu'elles ont été « imposées sans aucune concertation, contrairement aux allégations de la ministre ». Elle affirme aussi que « Le gouvernement est en effet en train d’essayer de mettre l'enseignement supérieur et la recherche sous son contrôle direct et au service de l'économie, incapable de comprendre que la science n’est pas un simple outil technique de production de richesses » et qu'il « a décidé de s'attaquer au CNRS [...] car celui-ci pouvait jusqu'à aujourd'hui conduire une politique scientifique élaborée par des chercheurs et non par des politiques ».

 Les directeurs de laboratoires pour leur part « refusent que le projet de réorganisation soit examiné jeudi dans la précipitation », selon les mots du Pr Philippe Blache, qui est le directeur du Laboratoire Parole et Langage au CNRS. Il ajoute que cette réforme « ne respecte pas la concertation des directeurs d'unité, leurs contributions » et enfonce le clou en précisant que « tout le monde y est opposé ».

Il faut dire que le Pr Philippe Blache parle au nom de 200 directeurs de laboratoires et qu'à l'opposition de ceux-ci, il faut rajouter celle de quelque 200 médaillés du CNRS et celle du Conseil scientifique du CNRS. Malheureusement celui-ci n'a qu'un rôle consultatif. Enfin le professeur indique que « tous les instituts, s'ils sont créés, doivent être au même niveau » et que le CNRS doit s'occuper de « toutes les disciplines scientifiques ».

Et des actions fortes...

C'est pourquoi les 200 directeurs de laboratoires comptent se joindre à l'association Sauvons la recherche et aux syndicats des chercheurs pour « bloquer » le conseil d'administration du CNRS, dès ce matin (Le rendez-vous était donné à 8h30 devant le siège du CNRS à Paris). Enfin si ce blocage ne suffisait pas, et que la réforme était validée, les directeurs de laboratoires ont évoqué la possibilité de stopper leurs recherches concernant les projets de l'Agence National de la Recherche ou encore de démissionner. Ce jeudi 19 juin d'autres actions sont prévues un peu partout dans la France, nos confrères du NouvelObs en ont d'ailleurs tenu la liste.