Le coauteur d'un livre de Donald Trump fait campagne contre lui

Orianne Vialo - 25.07.2016

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Il y a de l’eau dans le gaz entre Donald Trump et Tony Schwartz, l’auteur américain qui a aidé le candidat républicain à la présidentielle Américaine à écrire son livre The Art of the Deal publié en 1987, vendu à plusieurs millions d’exemplaires, et, à ce jour encore, best-seller du politicien. Tony Schwartz, qui ne soupçonnait pas un instant que Trump puisse un jour se présenter aux présidentielles, supporte très mal le fait que le candidat républicain s’accorde tous les crédits de l’ouvrage. Aujourd'hui, les avocats de Trump lui ordonnent de cesser ses discours diffamatoires. 

 

 

 

Depuis que le magnat de l’immobilier a officiellement annoncé, le 16 juin 2015, sa candidature aux primaires républicaines en vue de la présidentielle, Tony Schwartz va de désillusion en désillusion. Dans une interview accordée au New Yorker, l’auteur a expliqué qu’il avait commencé à se sentir personnellement impliqué dans les discours de Trump, à cause de sa participation à l’écriture de l’ouvrage. 

 

Et pour cause. Donald Trump n’a pas hésité un instant à déclarer haut et fort que le pays avait besoin d’un leader qui ait écrit The Art of the Deal. Ce à quoi Tony Schwartz n’a pas manqué de réagir, en insistant bien sur le fait que le politique n’avait aucun mérite à fanfaronner sur l’écriture du livre. « Mes remerciements à Donald Trump d’avoir suggéré que je me présente aux élections présidentielles, puisque j’ai écrit The Art of the Deal » souligne-t-il dans un tweet. Quelques jours plus tard, il récidive, en insistant sur le fait que Donald Trump n’avait fait que lire l'ouvrage avant sa publication.

 

 

 

Une démarche vivement critiquée par de nombreux Américains qui ne comprennent pas pourquoi l’auteur ne parle que maintenant, et surtout, pourquoi il avait accepté de collaborer avec Donald Trump. L'écrivain ne s'est pas démonté : 

 

 

En réponse aux attaques de Tony Schwartz, les avocats de Donald Trump ont envoyé le 21 juillet dernier une ordonnance de cessation et d’abstention à l’auteur, afin que ce dernier cesse de faire des déclarations à son sujet le 21 juillet dernier. Ils exigent également que l’écrivain rembourse les redevances de l’ouvrage — qui s’élèvent à 250.000 $, soit 227.000 € —, et qu’il abandonne ses droits sur The Art of the Deal. Aujourd’hui, l’auteur est accusé de « propos diffamatoires » émis à l’encontre de Donald Trump.

 

L’avocat de Tony Schwartz a quant à lui déclaré que son client ne rendra aucune redevance à l’homme d’affaires, et qu’il n’a pas l’intention de se rétracter sur ses opinions concernant le caractère du candidat républicain à la présidence. Il a également précisé que Tony Schwartz « n’a pas non plus l’intention de garder le silence sur le sujet à l’avenir ». Selon lui, cette ordonnance de cessation et d’abstention n’est « rien de plus qu’une évidente tentative d'étouffer la critique ». 

 

Donald Trump et la lecture 

 

Si Tony Schwartz s'est rendu compte que le candidat à la présidentielle n'était pas très porté sur la lecture, le constat a aussi été fait par de nombreux journalistes. « Je doute sérieusement que Trump ait déjà lu un livre », affirme l'auteur. Lors des 18 mois qu'il a passés avec Trump, il n'a jamais vu un livre sur le bureau de Trump, ou ailleurs dans son bureau ou son appartement. 

 

En mai dernier, Megyn Kelly, de Fox News, lui a demandé de nommer son livre préféré, autre que La Bible ou The Art of the Deal. Trump a évoqué le roman À l'Ouest, rien de nouveau [Erich Maria Remarque, 1929]. La journaliste lui a alors demandé de parler du dernier livre qu'il avait lu. L'homme d'affaires avait répliqué : « Je lis des passages ou des chapitres. Je n'ai pas le temps de lire des livres entiers. » 

 

Pour pousser le malaise encore plus loin, l'ex-femme de Donald Trump, Ivana Marie Zelníčková « Trump » a assuré que le livre de chevet de Trump était un exemplaire de My New Order, un ouvrage recensant les discours d'Adolf Hitler.

 

The Art of the Deal  : un livre dont la publication a été suggérée par… le président d'une société de médias

 

L’idée ne vient pas de Donald Trump, aussi autocentré soit-il, mais bel et bien de Samuel Irving « Si » Newhouse Jr., le président de la société de médias américains Advance Publications, qui avait à l’époque publié un sujet sur Trump dans un magazine qu’il possédait. Voyant que ce numéro précis se vendait plus que les autres, il avait contacté Donald Trump pour lui soumettre l’idée. 

 

Donald Trump a alors contacté Tony Schwartz, qui avait pourtant écrit un article ne vantant pas vraiment les talents du magnat de l’immobilier pour un numéro du magazine New York de 1985. Intitulée A Different Kind of Donald Trump Story, cet article décrivait l’homme d’affaires comme une sorte d'escroc un peu maladroit.

 

Malgré le portrait peu flatteur qui accompagnait l’article — Trump est trempé de sueur, avec une mine épouvantable —, il a « adoré l’article. [...] Donald Trump était obsédé par la publicité, et il ne se soucie pas ce que vous écrivez. Soit vous êtes un perdant et un menteur, soit vous êtes le meilleur. À ses yeux, je suis devenu le meilleur. Il voulait être considéré comme un dur à cuire, et il a adoré faire la couverture du magazine, peu importe ce qu’on disait de lui. »

 

Trump, un tyran qui pourrait « conduire à la fin de la civilisation » 

 

L’auteur ne s’arrête pas là, et va même jusqu’à déclarer que « Trump a grandi comme un tyran et essaie maintenant d’intimider l’Amérique. Son modèle est Vladimir Poutine. Voulons-nous d’un dictateur comme président ? » 

 

 

Il continue en confessant qu’il en est même venu à la conclusion que le magnat de l’immobilier était sans cœur, et qu’il agissait sans états d’âme. « Il ne s’intéresse qu’à Donald Trump. Rien d’autre ne compte » :

 

 

Selon lui, Trump est extrêmement égocentrique et impulsif. Lui qui a côtoyé l’homme d’affaires durant les 18 mois nécessaires à l’écriture de The Art of the Deal s’est souvent surpris penser « s’il peut mentir à ce sujet [par rapport à l’écriture de l’ouvrage, NdR], il est susceptible de mentir au sujet de tout et n’importe quoi ». D’ailleurs, il estime que si Trump arrive à l’investiture, dès lors qu’il recevra les codes nucléaires, il pourrait être celui qui mènera à la fin de la civilisation. 

 

Plus de 600 auteurs dont Stephen King, Lydia Davis ou encore Lauren Groff, semblent être d'accord avec lui : en mai dernier, ils avaient signé une pétition, lettre ouverte adressée à tous les citoyens américains. Dans le courrier, les professionnels de l’écriture faisaient part de leurs craintes par rapport à la campagne menée par Donald Trump. Ils y expliquaient « qu’en qualité d’écrivains, nous sommes particulièrement conscients des nombreuses façons dont la langue peut être abusée au nom du pouvoir ». Celle-ci compte à ce jour 23.711 signatures, dépassant de loin l’objectif initial de 10.000 signatures.