Le Codex Quetzalecatzin, rare manuscrit précolombien, numérisé

Laure Besnier - 22.11.2017

Edition - Bibliothèques - Bibliothèque Congrès - Bibliothèque Etats-Unis - Méso-Amérique Codex


Très bonne nouvelle pour les historiens, chercheurs ou autres amateurs de livres précieux et anciens : la Bibliothèque du Congrès des États-Unis vient d’enrichir sa collection d’un Codex prodigieusement rare, provenant de la Méso-Amérique du XVIe siècle.

 



Les manuscrits de Méso-Amérique (aire culturelle de l'Amérique précolombienne, c'est-à-dire regroupant les peuples autochtones des Amériques, avant l'arrivée des colons espagnols) du XVIe siècle ayant survécu à l'usure du temps sont très rares. Le Codex Quetzalecatzin est l’un d’eux. Caché dans les collections privées depuis plus de cent ans, il vient d’être numérisé et mis à la disposition du public

 

En effet, le manuscrit était dans les collections de Charles Ratton et Guy Ladrière, en France. Auparavant, il était la propriété de William Randolph Hearst (celui-là même qui possédait aussi la Bible de Jefferson) ou de Weetman Dickinson Pearson, premier Vicomte Cowdray. 

 

Le Codex Quetzalecatzin, ou, tout simplement (beaucoup plus facile à mémoriser), la « Mapa de Ecatepec-Huitziltepec », date de 1593. À cette époque, beaucoup d’histoires cartographiques étaient produites par des peintres autochtones ou des scribes. En effet, la royauté d’Espagne enquêtait sur la démographie et les ressources humaines des colonies américaines. 
 

Selon le directeur de la bibliothèque, « l’acquisition de la carte, en raison de sa pertinence pour l’histoire des premiers contacts européens avec les peuples autochtones d’Amérique, constitue un ajout important aux trésors américains de la Bibliothèque du Congrès, incluant la carte des terres d’Oztoticpac et le Codex Huexotzinco. De façon générale, c’est un document rare de l’histoire du monde et de l’histoire américaine ». 
 

De surcroît, comme le Codex Quetzalecatzin dessine les communautés locales, l’iconographie montre l’influence espagnole à un moment précis de l’histoire. Le conservateur de la collection Jay I. Kislak pour l’archéologie des premiers temps des Amériques de la Bibliothèque du Congrès, John Hessler, explique : « Le codex montre graphiquement les types d’interactions culturelles qui se déroulent à un moment important de l’histoire américaine. En un sens, on voit la naissance de ce que l’on connaît maintenant comme les Amériques ». 
 

Le Codex Quetzalecatzin rapporte l’étendue des propriétés foncières de la lignée familiale « de Leon ». La plupart de ses membres y sont représentés. « Avec des graphiques stylisés aztèques, la carte illustre la généalogie de la famille et sa descendance de Quetzalecatzin, qui, en 1480, était le principal dirigeant politique de la région. Il montre également des églises, des lieux aux noms espagnols et des images suggérant que la communauté s’adaptait aux lois et aux coutumes espagnoles » complète John Hessler. 
 

Apprendre à chasser la mandragore en ligne
avec un herbier millénaire


Ainsi, on trouve dans le Codex une stylistique préhispanique, comme les symboles pour les rivières, les routes, les sentiers ou encore ainsi qu’une écriture hiéroglyphique. Dans les marges, l’écriture alphabétique latine est utilisée. Beaucoup de noms d’autochtones commencent par « don », comme « don Alonso » ou encore « don Matheo », ce qui montre qu’ils appréciaient ce titre espagnol et avaient été baptisés avec des noms chrétiens. Un véritable bijou pour les historiens, donc.