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Le comportement d'Angot sur ONPC, “une télévision qui avilit”

Antoine Oury - 02.10.2017

Edition - Société - Christine Angot ONPC - Christine Angot pétition - Christine Angot Rousseau


L'émission On n'est pas couché, diffusée sur France 2 le samedi soir, s'est fait une spécialité des séquences polémiques dans lesquelles les chroniqueurs de l'émission — actuellement Christine Angot et Yann Moix — se font un plaisir de critiquer l'invité. Mais l'émission de ce samedi 30 septembre a choqué de nombreux téléspectateurs : la députée Sandrine Rousseau, venue évoquer l'agression sexuelle dont elle a été victime, a fini en larmes devant des chroniqueurs qui ne l'ont pas épargnée.

 
 
 

L'auteure Valentine Goby fait partie de ces spectateurs choqués par la séquence diffusée samedi dans l'émission On n'est pas couché. Comme elle l'explique dans la pétition qu'elle a mise en ligne dimanche soir, Valentine Goby a découvert la vidéo sur Facebook, où les extraits d'On n'est pas couché accumulent les vues. « Je regarde assez peu la télévision, mais, en tant que citoyenne, je ne supporte plus que le service public se fasse complice de telles relations entre les individus », nous explique-t-elle.

 

Invitée pour évoquer son livre Parler (Flammarion), qui prône une libération de la parole des victimes d'agression sexuelle et la création de cellules de lutte contre le harcèlement et contre les violences faites aux femmes dans les partis politiques, Sandrine Rousseau s'est retrouvée acculée sous le feu des chroniqueurs Yann Moix et, plus particulièrement, Christine Angot.

 

Cette dernière, qui avait également évoqué l'agression sexuelle dont elle avait été victime dans L'Inceste (Stock), en 1999, reproche à Sandrine Rousseau, pendant l'émission, d'évoquer l'agression sexuelle « dans un parti politique » : « On le fait avec l'humain, on le fait avec des oreilles, on le fait parce qu'on a des yeux, on le fait parce qu'on écoute. » Face au témoignage de la députée, qui souligne que personne ne l'a écouté au sein d'Europe Écologie Les Verts, Angot poursuit : « Il n'y a personne. On se débrouille. C'est comme ça ! »

 

Je paye pour une télévision qui me grandit, pas pour une qui m'avilit
 

« On invite là une femme qui dénonce la mise sous cloche de la parole des femmes agressées, et on l'invite finalement pour mettre sous cloche sa parole », souligne Valentine Goby. « Il y a un acharnement qui m'a semblé détestable, tout comme cette absence totale de solidarité autour du plateau. C'est incroyable que personne n'exprime le moindre doute sur le fait d'inviter quelqu'un pour finalement le détruire. »

 

Selon Valentine Goby, les propos de Christine Angot « ne portaient absolument pas sur le fond du livre, mais sur sa forme, ce qui, dans ce cas, est déplacé, car cette femme ne se présentait pas comme une auteure de littérature, ou son discours politique. Cette parole était peut-être maladroite, mais ce n'en était pas moins une parole de femme, victime d'une agression sexuelle. Angot a commis l'erreur de réduire Sandrine Rousseau à sa fonction de politique. »

 

Le fait qu'Angot ait elle-même vécu une agression sexuelle ne l'autorise en rien à traiter de la sorte l'invitée de l'émission, souligne Valentine Goby : « Chacun peut avoir une préférence sur la conduite à adopter, mais nous sommes là devant une mise en concurrence des souffrances et une négation de la souffrance de Madame Rousseau par Madame Angot qui est difficile à supporter. J'ai travaillé avec des populations de victimes pour écrire mes livres, et le traumatisme ne les pousse pas à détruire les autres pour le surmonter. Et je m'insurge contre cette idée que la littérature puisse servir à détruire quelqu'un : je l'ai en horreur lorsqu'elle sert cette fin. »

 

Angot face à Sandrine Rousseau : parler ou taire les violences sexuelles ?
 

C'est en citoyenne que Valentine Goby, en colère, a décidé de réagir avec l'outil de la pétition, contre cette « mise à mort » dans l'émission, et non contre Christine Angot personnellement : « J'ai envie que France 2 réagisse, que le CSA réagisse : ma colère aurait été la même devant une émission d'une chaîne privée, mais elle est ici augmentée. Je paye pour une télévision qui me grandit, pas une qui m'avilit. »

On n'est pas couché fonctionne selon un principe bien connu d'opiniâtreté, voire de cruauté, envers ses invités, mais « le message passé par l'émission est dangereux : on peut comprendre que le livre ne sert à rien, que la prise de parole ne sert à rien. »

La pétition est accessible à cette adresse. Elle rassemble à présent près de 15.000 signatures. Sollicitée, la maison Flammarion n'a pas encore répondu à nos demandes de réactions : les deux femmes partagent en effet la même maison d'édition...
 

Mise à jour 3/10 9h33 :


La secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a adressé un signalement au CSA suite aux propos tenus à l'égard de Sandrine Rousseau dans On n'est pas couché, annonce France Info.