Le Comptoir des Lettres : "Il est essentiel que sa librairie soit connectée"

Julie Torterolo - 02.11.2015

Edition - Librairies - Le Comptoir des Lettres - Renny Aupetit - Librest


Il y a près de dix ans, le quartier parisien Gambetta voyait une nouvelle librairie apparaître : Le Comptoir des Mots. Fier de son succès, son propriétaire Renny Aupetit s’est lancé une nouvelle fois dans l’aventure et a ouvert le 7 octobre dernier sa « petite sœur », toujours parisienne, au 52 boulevard Saint-Marcel. Baptisée Le Comptoir des Lettres, cette nouvelle librairie entend bien faire profiter le quartier d’un endroit chaleureux et surtout d’une boutique connectée, avec le soutien du réseau Librest. 

 

Librairie Le Comptoir des Lettres - Paris 13e

Intérieur du Comptoir des Lettres (ActuaLitté,  CC BY SA 2.0)

 

 

« J’ai fait les travaux avec le même architecte et les mêmes éléments qui ont bien marché chez Le Comptoir des Mots :  le sol gris épuré, le code couleur rouge, les grandes planches de bois, et je me suis également fait plaisir, j’ai rajouté des hautes étagères en bois avec des échelles. C’est toujours compliqué pour une librairie de concevoir la décoration car la star c’est quand même le livre et il faut le mettre en scène », explique d’emblée Renny Aupetit à ActuaLitté.

 

Et en effet, dès les premier pas, une atmosphère épurée et chaleureuse s'offre aux clients : les livres sont disposés par « catégorie » sur de multiples étagères de bois. « Je pense que dans une librairie, le cadre est très important. Si on ne veut pas se retrouver dans la situation un peu pleurnicharde des librairies et du livre, on doit être capable de proposer des lieux bien agencés, modernes, clairs, bien éclairés... Mettre juste des livres avec des étagères Ikea et des livres n’est pas suffisant. » 

 

Cependant, bien que les deux libraires se répondent par leurs noms, elles « sont complètement indépendantes », nous précise le propriétaire. « Elles vont vivre chacune leurs vies. Elles sont situées dans secteur qui n’ont pas la même sociologie. Contrairement à Gambetta où la population est plus “bobo”, ici l’on est sur une clientèle plus traditionnelle ». Le Comptoir des Lettres compte également faire le pari de jouer sur sa proximité avec des écoles et établissements autour des arts graphiques notamment l’école des Gobelins. Dès ses premières étales, la boutique propose ainsi un stand entier de BD, livre de beaux arts. « Nous voulons développer le pôle image. »

 

Différente certes, mais comme sa petite sœur, Le comptoir des Lettres est une librairie généraliste. « Je crois beaucoup à l’idée de faire des libraires généralistes, hormis les ouvrages scientifiques, scolaires ou domaines très pointus, on vient en librairie seul ou en famille, pour ses enfants ou pour soi. Je pense qu’il est important qu’on y trouve de tout, pour toutes les générations ». 

 

Librairie Le Comptoir des Lettres - Paris 13e
Renny Aupetit, propriétaire du Comptoir des Lettres (ActuaLitté, CC BY SA 2.0) 

 

Le comptoir des lettres : une librairie « connectée »

 

Pour Renny Aupetit, l’enjeu essentiel aujourd’hui pour les librairies est internet. « Mon analyse est que le marché est globalement stable depuis 30 ans. En réalité, ce qui a changé, c’est qu’il y a 30 ans, un livre sur deux était vendu par un libraire. Aujourd’hui il n’y en a un plus qu’un sur quatre. Les hypermarchés, et surtout internet, soit à 90 % Amazon, viennent concurrencer le tout », nous explique le propriétaire. « En plus de travailler l’accueil, il est essentiel de faire en sorte que sa librairie soit connectée. C’est pour cela que l’on a créé Librest, qui permet à nos clients d’avoir leur livre en moins d’une journée. »

 

Lancé il y a près de 7 ans, le réseau réunit sept établissements : Atout Livre, l’Atelier, Le Comptoir des Mots, Le Comptoir des Lettres, le Genre Urbain, La Manœuvre, Millepages. En plus de se regrouper, les établissements ont alors annoncé en août dernier une mutualisation de leurs stocks. Organisé autour de leur site Librest.com, le réseau permet ainsi de regrouper les stocks des établissements, avec une navette quotidienne pour permettre des flux inter-librairies. Le tout s’accompagne également de supports de communication et d’une plate-forme logistique — la Générale Librest — à Ivry.

 

« Quand des clients viennent dans une librairie et qu’elle n’a un pas un ouvrage, rien que prononcer le mot commander, ils sont déjà partis. Il y a 5 ans, ils se disaient ce n’est pas grave, j’irai à la FNAC, aujourd’hui ils se disent, c’est n’est pas grave que je vais le commander sur Amazon. Ils ont imprimé, que cela soit vrai ou non, qu’ils peuvent tout avoir en 48 h sur Amazon. Le vrai challenge pour le libraire est là : permettre au client d’avoir un bouquin le lendemain. Internet est un canal. On a d’ailleurs le plus de commandes quand nous sommes fermées, c’est ça la révolution de ses 10 dernières années, accepter que nos librairies soit connectées », analyse Renny Aupetit.

 

Et, avec Librest, cela est désormais possible pour les septs établissements. Grâce à ce réseau, la librairie peut commander un ouvrage et l’avoir le lendemain dans sa boutique. Le client est ensuite prévenu sur son téléphone ou par mail. De même, le site Librest permet au lecteur de commander l’ouvrage souhaité directement sur la toile : un mini Amazon parisien en soi. 

 

« Depuis deux mois, on propose sur notre site des livres papiers en VO, dans 11 langues différentes », nous annonce également Renny Aupetit. « Notre raisonnement a été de se dire plutôt que de pleurer sur Amazon, faisons en sorte que ce soit mieux. On s’est rendu compte que les gens allaient sur internet pour les livres numériques, mais également pour des livres en VO. Et franchement, acheter un livre en allemand par exemple même à Paris c’est compliqué ». C’est ainsi que Librest propose désormais plus de 500 000 références jusqu’au latin et Catalan. 

 

À peine ouverte, Le Comptoir des Lettres, librairie « de quartier », entend bien développer son aspect connecté et son service au client. D’autant que c’est la première à naître « avec et après le réseau Librest entièrement opérationnel », conclut Renny Aupetit. Et, il le précise avec le sourire : « Pour l’instant, les chiffres sont au-dessus de ce que j’avais prévu. »