Le Conseil du livre d'Australie enterré après une année d'existence

Clément Solym - 18.12.2015

Edition - International - conseil livre - Australie industrie - culture livre


L’Australie vient de perdre, après une année d’existence, son Book Council. Une coupe de 52,5 millions $ dans le budget Arts et Communications – alors que 47 millions $ seront redirigés vers le financement de films hollywoodiens. Présidée par l’éditrice de Melbourne, Louise Adler, l’institution était controversée, mais sa disparition suscite de nombreuses interrogations.

 

Money!

Stephen Dann, CC BY SA 2.0

 

 

Les coupes prévues interviendront au cours de quatre prochaines années, mais s’inscrivent dans une certaine continuité qui peine les habitants. Lancé au début de l’année, le Book Council of Australia avait pour mission de développer la lecture dans le pays, et promouvoir les auteurs locaux. Il avait également pour responsabilité de maintenir une dynamique dans la lecture et la culture de l’écrit. 

 

Le gouvernement a tout bonnement abandonné le projet, indique la presse australienne, alors que le secteur du livre est déjà dans une position complexe. 

 

Un nouveau coup dur pour le pays

 

Le prix de vente des livres était jusqu’à présent protégé de la concurrence : la législation Parallel Importation Restrictions accordait aux éditeurs une certaine latitude dans les parutions. 

 

Le cadre législatif est intriqué dans des « restrictions d’importations parallèles » qui interdisent aux libraires d’importer des livres moins chers que les versions australiennes. Si un de ces livres était indisponible sur le territoire, un libraire pouvait le signaler, offrant aux éditeurs un délai de trente jours pour faire valoir leurs droits. 

 

Avec la modification de la loi, certes les libraires deviendront plus compétitifs, mais les éditeurs soulignent que, sur le long terme, ils ne seront plus en mesure d’assumer les financements d’œuvres. « C’est une mauvaise décision, pour les lecteurs australiens, si elle est maintenue. [...] Le changement va rendre la vie beaucoup plus difficile pour les éditeurs nationaux et nous allons perdre, chez les auteurs, la voix australienne », assurait Michael Gordon-Smith, actuel président de l’Australian Publishers Association. 

 

C’est qu’en diminuant les mesures protectrices dont jouissent les maisons, le gouvernement prend le risque de voir le chiffre d’affaires fondre. Et par conséquent, les investissements sur les auteurs locaux diminuer. Pour les petits éditeurs, le marché se durcira drastiquement, jusqu’à devenir impraticable, affirme-t-il.

 

« L’APA continuera de plaider contre ce projet, et tentera de faire comprendre au gouvernement le copyright et les lois sur la propriété intellectuelle. »

 

Alors quid de cette disparition du Book Council ? Quand l’ancien Premier ministre Tony Abbott a annoncé sa formation, les intentions étaient louables. Mais non seulement le gouvernement Turnbull s’est lancé dans la modification de la loi sur les importations, mais, désormais, il sape les outils fédéraux. 

 

En septembre dernier, Louise Adler pointait déjà que la culture littéraire avait longtemps été le parent pauvre dans le pays. « Le Book Council a débuté comme une guerre idéologique au sein de l’Australia Council, mais ses subventions – placées dans de bonnes mains – auraient pu être utilisées à bon escient comme un investissement stratégique dans un secteur fragile », note pour sa part Sam Twyford-Moore, ancien directeur de l’Emerging Writer's Festival. (via SMH)

 

Le risque aujourd’hui est que le monde des lettres australien soit orphelin de son organisme de financement. « Je vais consulter largement la communauté littéraire sur les mécanismes alternatifs à instaurer pour la représentation et la promotion », jure Mitch Fifield, ministre de Arts. À suivre...