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Le consortium Couperin refuse l'offre Numilog pour cause de DRM

Antoine Oury - 04.09.2013

Edition - Bibliothèques - consortium Couperin - livres numériques - offre Numilog


Depuis 1999, le consortium Couperin, une association loi 1901, évalue, négocie et organise l'achat de ressources documentaires numériques au bénéfice de ses membres, des établissements d'enseignement supérieur et de recherche. Et ce pour compenser la hausse des publications numériques, face aux budgets d'acquisition en baisse. D'autres critères que le prix entrent aussi en jeu, notamment les DRM. Ces derniers ont grandement motivé le refus de l'offre Numilog, riche de 60.000 titres, mais tous verrouillés.

 


DRM is Evil!!!

Sur la voie d'accès aux publications numériques... (Kevron, CC BY-SA 2.0)

 

 

Le consortium universitaire de Publications numériques se compose de deux départements, « Services et prospective » et « Négociations documentaires » (DND). Ce dernier coordonne et encadre les négociations des ressources documentaires pour les quelque 230 membres du consortium. 

 

Après des enquêtes d'intérêt et de satisfaction auprès des établissements d'enseignement supérieur et de recherche, un négociateur part au charbon afin de négocier avec les éditeurs, valider ou rejeter les offres faites, et faire connaître ces dernières via le site Internet de l'association. Les négociateurs sont tous professionnels de la documentation (bibliothécaires, conservateurs, chargés d'études documentaires...) et mandatés par le consortium Couperin.

 

L'achat des ressources documentaires s'organise selon deux modèles : le premier concerne des titres achetés par un grand nombre d'établissements, pour lesquels est alors constitué un groupement de commandes. « Concrètement, un établissement porte la charge administrative et financière en établissant le Cahier des clauses administratives particulières, avant de payer la somme globale à l'éditeur, et de refacturer ensuite les membres intéressés du montant dû, auquel s'ajoutent des frais de gestion », explique Mariette Naud-Betteridge, qui coordonne les négociations, par mail.

 

Dans l'autre cas de figure, l'établissement intéressé par l'offre souscrit directement à celle-ci auprès de l'éditeur. Ainsi, Couperin tient le rôle d'intermédiaire pour les négociations, et cherche à obtenir des rabais sur les prix publics proposés par l'éditeur. Mais également à limiter les hausses des tarifs : « Le marché étant assez captif, les éditeurs tendent à imposer des inflations importantes d'une année à l'autre, malgré des baisses de budget sévères dans les établissements. »

 

En cas de refus de la part du consortium, les établissements sont bien entendu libres de souscrire tout de même à l'offre de l'éditeur, quand bien même elle ne repond pas aux besoins de Couperin dans ces conditions d'acquisition et d'utilisation.

 

D'autres critères de validation - ou de refus

 

Le tarif des offres n'est pas la seule donnée prise en compte : Couperin se réfère ainsi aux 10 commandements établis par sa Cellule ebook, qui intègrent notamment l'interopérabilité, les usages pédagogiques, ainsi que l'évolution des offres en fonction de l'usage. La liste réserve également une place aux DRM, ces mesures techniques de protection qui, en espérant éviter le piratage des fichiers, encadrent strictement les conditions d'utilisations des documents numériques :

Enfin, en termes d'usages, il est essentiel que :

 

Les offres éditoriales s'affranchissent des logiciels et des matériels propriétaires à cause des restrictions d'usage imposées par les mesures logicielles de protection (DRM);

 

Dans le cas contraire, les DRM devront faire l'objet d'un affichage clair de la part du fournisseur, qui précisera les matériels et logiciels requis pour consulter les documents qu'il fournit;

 

Les éditeurs proposent plusieurs possibilités de lecture sur écran, ainsi que des solutions de téléchargement sur tablette de lecture;

 

Il soit possible d'imprimer des extraits ou la totalité de l'ouvrage;

 

Les possibilités de prêt entre bibliothèques, d'exportation et d'impression des documents, qui manquent souvent de clarté, soient explicitement indiquées;

 

La possibilité de choisir les documents titre à titre;

 

Pour les offres en abonnement, la possibilité de modifier la liste de ces titres à tout moment ou au moins une fois par an soit proposée.

Comme le signale la page consacrée aux négociations relatives à l'offre Numilog, ce sont bien les DRM qui ont coûté une recommandation au distributeur-diffuseur. Ces mesures techniques de protection « empêchent le prêt entre les bibliothèques, requièrent l'ajout d'un plug-in Microsoft Silverlight pour la lecture en streaming, et l'installation du logiciel Adobe Digital Edition pour la lecture hors ligne », nous précise Laurent Lhuillier, chargé des négociations avec l'opérateur. Par ailleurs, le fichier est chronodégradable, et pourra être consulté par l'usager pendant 3 semaines uniquement.

 

 

Wall of Books

Les conditions matérielles, un mur infranchissable (benuski, CC BY-SA 2.0)

 

 

Manquent également à la liste des prérequis les notices Marc et les statistiques Counter, qui permettent respectivement aux établissements de signaler les collections disponibles dans leur fonds, et d'évaluer les usages, afin d'adapter les achats des titres selon ses données.

 

« L'offre n'a pas bougé depuis des années », note Laurent Lhuillier, « malgré les trois années de négociation que j'ai menées avec Numilog. Le dialogue est difficile, voire inexistant ». De plus, l'acquisition des titres se fait à l'unité après abonnement à la plateforme, et non selon des collections thématiques qui seraient bien plus adaptées à l'usage pédagogique. La cellule ebooks de Couperin est toutefois plus nuancée sur ce point, jugeant que « la possibilité de choisir en titre à titre ou, dans le cas de bouquets, de pouvoir en modifier la composition pour l'adapter à la communauté desservie » est satisfaisante.

 

Une politique menée et réaffirmée par Numilog, après Hachette Livre (propriétaire de la plateforme jusqu'en 2012), quand bien même celle-ci lui coûte des abonnés : « Il y a actuellement une quarantaine d'établissements abonnés à la plateforme, soit beaucoup moins qu'il y a quelques années. Les dispositifs techniques freinent les abonnements, car ils nécessitent une assistance auprès des usagers. » 

 

Le maintien des DRM sur les ouvrages est d'autant plus étrange que les ouvrages achetés par les établissements supérieurs... ne sont pas vraiment grand public, et un piratage de ceux-ci semble peu probable. Pour prévenir, plutôt que guérir, le watermarking, ou tatouage numérique, conviendrait mieux pour apaiser les craintes des éditeurs, même si l'individualisation du fichier (avec ajout en filigrane d'informations sur l'acheteur) se ferait au détriment de l'établissement.

 

Nous ne sommes pas parvenus à joindre Numilog pour obtenir des commentaires de leur part.