Le contrat d'agence, un pacte pour conserver le pactole

Antoine Oury - 20.02.2013

Edition - Economie - contrat d'agence - Apple vs. Amazon - éditeurs américains


S'ils se prennent déjà la tête autour de l'utilisation du mot « Appstore », les deux géants américains Apple et Amazon vont vraisemblablement se retrouver au tribunal dès le mois de juin prochain. En cause : la pratique du contrat d'agence, signé avec les six plus gros éditeurs du pays, qui garantissait des prix de l'ebook plus élevés contre les rabais du site de e-commerce. Déclaré illégal, le contrat d'agence constituait une des rares mesures protectionnistes en vigueur sur les terres libérales.

 


Bookstore

Martin Cathrae, CC BY-SA 2.0

 

 

Ce qui relève désormais de la légende assure que Steve Jobs, la veille du lancement d'iBooks, aurait rencontré les éditeurs pour un brainstorming qui arrangeait tout le monde : trouver comment contrer l'ascension d'Amazon, concurrent gênant. « Nous allons basculer sur un modèle d'agence, qui vous permet de fixer les prix, et nous prenons nos 30 %, le consommateur paiera un peu plus, bien sûr, mais c'est ce que vous voulez de toute façon » aurait déclaré le PDG, d'après son biographe Walter Isaacson, aux pontes de chez Hachette, Macmillan, Penguin, Harper Collins, Random House, et Simon and Schuster.

 

Autant de maisons d'édition prestigieuses, traînées aux côtés d'Apple devant les tribunaux du Department of Justice, pour entrave à la libre concurrence. Un motif de courroux qui a traversé l'Atlantique, et s'est retrouvé traduit dans les hautes sphères de la Commission européenne. Où l'on assure que c'est la méthode, plus que la mesure, qui dérange. « Tandis que chaque éditeur et chaque revendeur est libre de choisir le type de relations commerciales qu'il préfère, toute forme de collusion visant à restreindre ou éliminer la compétition est simplement inacceptable » assène ainsi Joaquín Almunia, vice-président de la Commission, chargé de la compétitivité.

 

Les éditeurs pas encore sortis d'affaire

 

À leur décharge, les éditeurs assurent que la signature du contrat n'avait pas pour but de favoriser Apple, mais tous les revendeurs, ainsi que la chaîne du livre dans son intégralité, du libraire au lecteur en passant par l'auteur. Et permettait également de diffuser l'idée que le numérique n'est pas forcément synonyme de gratuité, ni d'un rabais important.

 

Après une année d'actions judiciaires en tout genre, le bilan s'avère toutefois largement négatif pour le contrat d'agence. Indésirable jusqu'en 2015 au minimum, la pratique n'a finalement sauvé personne : « L'objectif n'a pas été atteint. Cela a coûté des centaines de millions de dollars à l'industrie, et nous a coûté notre réputation aux yeux des lecteurs qui n'y ont vu qu'un moyen de fixer les prix » admet un vieux roublard de l'édition britannique. 

 

Par ailleurs, beaucoup s'inquiètent du fait qu'Apple ne pèse finalement pas bien lourd dans le monde du livre, à côté des centaines de milliers de lecteurs qui utilisent l'écosystème Kindle (y compris sur l'iPad, via l'application dédiée). À n'en pas douter, les conclusions du procès à venir influenceront santé et stratégies des éditeurs, quand bien même ces derniers ont accepté les conditions du Department of Justice.