Le cortège citoyen du 11 janvier, marche républicaine pour Charlie Hebdo

Nicolas Gary - 11.01.2015

Edition - Société - Charlie Hebdo - marche républicaine - rassemblement citoyen


C'était une marche historique, une marche républicaine, une marche citoyenne. Ce rassemblement du 11 janvier 2015 figurera dans les manuels d'histoire des prochaines générations, comme un instant de communion totale. Dans les rues de la capitale et partout en France, on évoque déjà la présence de millions de personnes, descendues pour faire front. Charlie Hebdo, le journal satirique souvent décrié, a su fédérer la nation, et emporter l'adhésion de plusieurs pays, dont les représentants se sont déplacés pour la manifestation. ActuaLitté y était. 

 

Marche républicaine Charlie

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Le mouvement de foule était tel que le cortège était déjà arrivé à la place de la Nation, alors que, Place de la République, d'autres attendaient encore de les rejoindre. Comment décrire ce qui a eu lieu ce jour ? Probablement avec le même silence, peuplé d'images, de photos et de dessins que l'attentat qui a provoqué cette mobilisation. Un cortège citoyen, sans revendication politique, sociale ni religieuse : simplement la communion de tous, réunis autour de la défense de la liberté d'expression.

 

L'attentat chez Charlie a donné l'occasion d'ouvrir les débats : rire de tout, avec tout le monde, le sacré et ce qui doit être sujet aux railleries... Des discussions fantastiques, dans les bistrots, dans les cafés et les restaurants qui n'ont pas manqué de se retrouver dans le cortège. À mesure que la journée s'avançait, les chiffres du rassemblement parisien augmentent : au moins 1,3 million de personnes, peut-être 2 millions. 

 

Et plus encore – certainement ! –, qui n'ont pas rallié directement la marche républicaine, mais se sont retrouvés dans les rues adjacentes. Plus, en ajoutant ceux qui étaient sortis dans les villes de province. Tout cela a quelque chose de magique, d'irréel.

 

Au sein de la Marche, les réactions étaient unanimes, il y avait presque un sentiment de liesse, une joie modérée. En parallèle, sur Twitter, les hastags #Marchedu11janvier et #Jesuischarlie provoquaient des marées de messages. Une France unifiée pour défendre le droit de se moquer, de ne rien prendre au sérieux, le droit essentiel de pouvoir choisir le rire, ou pas. Mais de pouvoir exercer le rire, de vivre la démocratie et la liberté d'expression dans ce qu'elle a de plus essentiel. 

 

Charliberté, que l'on a entendu dans la foule, de même que la Marseillaise, qui revenait de temps à autre, aura ponctué cette journée, qui s'est déroulée dans une ambiance bonne enfant. La cinquantaine de chefs d'État réunie pour inaugurer le cortège n'a que peut marqué les esprits, sinon par la présence de certains, peu attendus quand on parle de liberté d'expression, ou de défense des droits. Le 11 janvier a donné à la France l'occasion de se redresser, avec un pays faisant face à ses convictions, son histoire. 

 

 

 

Liberté, égalité, fraternité. Et 2,5 millions de participants dans le pays, selon l'AFP. Aucun chiffre officiel, pour l'heure, qu'importe : celles et ceux qui ont pris part à l'événement savent combien nous étions nombreux, dans les rues, sur l'asphalte, à témoigner d'une émotion et d'une solidarité totales. Nous l'avions entendu d'un homme assez âgé, bien avant que ne s'avance la marée humaine : une pareille mobilisation lui rappelait la Libération – à la différence que c'étaient des chants de liberté et de pure joie qui animaient les rues. 

 

Les Échos ont estimé à 18 h que 3 millions de manifestants se sont déplacés ; 2,5 millions selon l'AFP. 

 

« Ils ont voulu nous enterrer, ils ne savaient pas que nous étions des graines», pouvait-on lire sur des panneaux que brandissaient les manifestants. Ceux qui étaient dans la rue, où qu'ils se soient trouvés, savent aujourd'hui qu'ils ont pris part, modestement, à une action d'ampleur nationale. Il suffisait d'être présent, d'avoir marché, aux côtés des autres, d'être l'un de ces autres, pour grossir les rangs de la population indignée. Comme nous l'avait recommandé Stéphane Hessel, nous nous sommes indignés.

 

 

 

Il est toujours possible de faire des dons, rappelle Reporters Sans Frontières, à Charlie Hebdo, à cette adresse. Dans le même temps, le journal allemand, Hamburger Morgenpost, a été incendié, manifestement pour avoir rendu hommage aux journalistes de Charlie Hebdo, en publiant des caricatures tirées de l'hebdomadaire.

 

La mobilisation est bien là, mais tout reste encore à faire.