Le créateur de House of Cards prône le Brexit : qui veut de l'UE actuelle ?

Clément Solym - 25.05.2016

Edition - International - Michael Dobbs Brexit - Brexit Union européenne - politique house Cards


Grâce à l’adaptation par Netflix de sa trilogie, Michael Dobbs est devenu une star, non qu’il n’ait pas largement conquis l’Angleterre avec les livres House of Cards. Le portage en série, totalement réadaptée pour s’inscrire dans le paysage politique américain, n’a finalement pas tant changé le fond du texte. Les politiciens, où qu’ils se trouvent, ont la fâcheuse tendance à convoiter avidement le pouvoir... 

 

crédit Michael Dobbs

 

 

Le sujet politique qui dévore actuellement la Grande-Bretagne, c’est le fameux Brexit – la sortie de l’île de l’Union européenne. « Parfois, je pense que l’UE n’a pas de règles qui soient. Elle est censée défendre notre sécurité, mais n’a pas de frontières efficaces. Elle est censée garantir notre prospérité, mais nous en sommes tous à redouter la prochaine crise financière. Elle est censée appartenir au peuple, mais ce n’est pas le cas », balance l’écrivain. 

 

Furieux, et pas qu’un peu, il prend le contre-pied de confrères qui tentent à tout crin de maintenir le pays dans la zone européenne. Sauf que Dobbs semble voir plus loin. « Certains disent que la Grande-Bretagne est trop insignifiante pour réussir seule. Tout va s’effondrer, nous dit-on. Le président Obama a volé jusqu’ici pour nous avertir que si nous quittions l’UE, le pays allait se retrouver dernier de la liste. » 

 

« C’est en fait assez insultant. Je ne me souviens pas d’un président américain qui nous ait relégués en queue de peloton quand nous étions ensemble pour contribuer à libérer l’Europe en 1944 », décoche-t-il. Une remarque probablement malheureuse de la part du président des États-Unis, mais Dobbs s’attend à ce que d’autres suivent. 

 

La Grande-Bretagne n'a pas à rougir

 

« Nous sommes la cinquième plus grande économie du monde. Nous avons le quatrième contingent militaire. Nous sommes le second pays le plus généreux de la planète en matière d’aide aux étrangers et humanitaire. Nous disposons de certaines des meilleures universités au monde. D’une certaine manière, nous, insignifiants Britanniques, avons réussi à mettre en scène les plus beaux Jeux olympiques que le monde moderne ait jamais vus. »

 

Certes, mais le Brexit, dans tout cela ? C’est que, loin du machiavélisme de la série télévisée ou romanesque, Michael Dobbs – chef de cabinet de Margaret Thatcher voilà une trentaine d’années – en connaît un rayon. Le referendum prévu le 23 juin prochain pour décider de l’adhésion de la Grande-Bretagne à l’Union l’agace. « Si vous êtes sur ce grand paquebot qui va se ficher la tête dans un paquet de glace, vous avez 28 différents capitaines qui luttent à la barre : d’aucuns affirmeraient qu’il y a trop de gens sur le pont », envoie-t-il. Et que dire des capitaines de pédalos !

 

D’ailleurs, le soutien qu’il apporte au Brexit reflète une importante majorité des membres du parti de David Cameron. Proche du Premier ministre, et membre de la Chambre des Lords depuis 2010, Dobbs estime que les conservateurs ont pour l’instant mené la campagne. 

 

 

« L’UE en tant qu’institution ne me convient pas. Je suis fier d’être Européen, j’aime l’Europe, mais pour ses cultures, et non pour ses institutions. Elles ont échoué. Le projet a été développé dans la seconde moitié du XXe siècle à la suite de la crise de la première moitié. C’était une chose merveilleusement idéaliste, mais elle est de moins en moins pertinente, pour répondre aux défis du XXIe siècle, qui nécessitera que les gens soient plus compétitifs et flexibles. » 

 

Se débarrasser de la bureaucratie actuelle, faire face aux enjeux contemporains... tout cela nécessite de faire des efforts réels. Mais surtout, le peuple doit reprendre le contrôle sur le gouvernement qui est aux commandes. « Nous ne pouvons pas chasser le gouvernement de Bruxelles, personne ne peut. »

 

Et de conclure, avec une pirouette : « Une dernière question. Si nous n’étions pas membres de l’UE, voteriez-vous pour rejoindre ce qu’elle est devenue ? Non. Moi non plus. Voilà pourquoi je vote pour le départ. » Frank Underwood n'aurait pas dit mieux...

 

via Yorkeshire