Le décret anti-migration de Trump suspendu temporairement

Nicolas Gary - 04.02.2017

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L'arrêt décrété de l’accueil d’immigrés sur le territoire américain a provoqué des réactions en chaîne. Le président Donald Trump ciblait sept pays musulmans, restreignant les flux migratoires. Et depuis ce 27 janvier, les contre-attaques se multiplient, pour dénoncer cette décision. Jusqu’à la récente décision du juge fédéral qui a finalement ordonné la suspension du décret.

 

Trump

IoSonoUnaFotoCamera, CC BY SA 2.0

 

 

C’est une victoire temporaire, mais d’ores et déjà un premier et virulent camouflet : le juge fédéral de l’État de Washington décidé de bloquer l’application du décret visant les ressortissants originaires d’Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan et Yémen – ainsi que ceux de Syrie. Au cours des 90 jours suivant la signature, ces derniers étaient interdits d’accueil, suivant le texte ratifié par Donald Trump. La suspension provisoire qu'implique la décision du juge permet aux ressortissants de venir malgré tout aux États-Unis.

 

Mais le président Trump a fait savoir qu’il ne se laisserait pas faire. Manifestement, le respect de la Constitution ne fait pas partie des prérogatives de son administration. Prétextant la sécurité des Américains, la Maison-Blanche ne cesse en effet d’affirmer que ce décret doit prévenir les risques d’attentat... en dépit de tout bon sens.

 

« Chaque fois que le président constate que l’entrée d’étrangers ou de toute sorte de migrants aux États-Unis porterait préjudice aux intérêts des USA, il pourra, par proclamation et durant la période qu’il jugera nécessaire, suspendre leur venue », a souligné la Maison-Blanche dans un communiqué. Elle pourrait passer par une injonction d’urgence pour que ce décret soit malgré tout mis en application.

 

Toute l'industrie du livre sur le pied de guerre

 

Au cours de la semaine passée, de nombreuses réactions – dont des manifestations très suivies – ont agité le pays. Dans le milieu littéraire, toute l’édition, Amazon y compris, a décidé de faire barrage et résister : bibliothécaires, éditeurs, auteurs se sont mobilisés, dénonçant une attitude irrationnelle de la part du président.

 

Mari Andrew

 

 

Les agents littéraires n’ont pas été de reste : un appel collectif à la soumission de textes d’écrivains musulmans. « Les messages de peur et de discrimination à l’égard des musulmans au sein de ce pays et de ceux qui sont hors des frontières ne reflètent ni nos croyances ni nos convictions », peut-on lire. Tout auteur musulman est ainsi invité à proposer son ouvrage, que ce soit en littérature jeunesse, en fiction ou non-fiction.

 

Une librairie américaine répond au décret anti-immigration du président 

 

« Il s’agit d’un appel ouvert à des histoires qui sauront améliorer la compréhension, la tolérance, l’empathie et la compassion dans le monde. »

 

Plus de 60 agents littéraires ont signé cet appel, à retrouver sur le site de Clelia Gore, spécialisée dans les ouvrages pour enfants, de Martin Literary Management. « En tant qu’agents littéraires, nous sommes dans une position unique pour aider à modifier cette perception déplorable que véhicule l’administration actuelle. »

 

Si l’on comprend bien la démarche d’ouverture qui sous-tend cette action, elle impliquera également une même volonté de la part des éditeurs que de proposer ces ouvrages au public. Difficile de ne pas en cerner les limites : l’intention est louable, mais son devenir particulièrement fragile.

 

 

Trump et les livres, une histoire de désamour