Le défi de l'édition indépendante

Julien Helmlinger - 27.03.2013

Edition - Les maisons - Maisons d'édition - Marché du livre - Editeurs indépendants


Dans le paysage éditorial français, face aux grands groupes, la conservation de son indépendance devient un enjeu de taille pour les nombreux éditeurs qui choisissent de relever le défi. Martine Laval, critique littéraire à Télérama animait au cours du Salon du livre un débat entre plusieurs indépendants. L'occasion d'en apprendre davantage sur les clés de la réussite en toute souveraineté sur un marché ou 80 % du chiffre d'affaires se fait sur 20 % des titres disponibles.

 

 

 


Se sont prêtés au jeu les éditeurs Frantz Olivie des éditions Anacharsis, Frédéric Martin de la maison Attila, et Thierry Boizet qui représentait le label Finitude. Trois professionnels qui entendent mener leur barque en mettant le cap sur des horizons bien différents.

 

Savoir ce qui est indispensable aujourd'hui

 

La maison Anacharsis a été fondée en 2002 avec la volonté de se tourner vers « l'autre ». Un projet, né d'une « très forte dose d'inconscience » et qui garde en sa ligne de mire l'objectif d'apporter au public une idée bien précise de la littérature. Frantz Olivie est motivé par la passion, et essaie de tenir des livres « de bout en bout ».

 

Car être éditeur selon lui, c'est non seulement un investissement financier, mais également créatif et que ce soit dans les champs du graphisme, de la littérature, de l'exploration ou de la recherche. Mais il estime que la véritable clé du succès c'est d'avoir davantage d'écrivains que d'auteurs, car si les seconds se monnaient, les véritables écrivains indispensables sont « inquantifiables ».

 

En somme, c'est à l'objet-livre que l'éditeur reste attaché, et, plutôt celui qui « renvoie à l'idée de bibliothèque personnelle, mais pas seulement du point de vue IKEA ».

 

Constituer un catalogue et un label cohérents

 

Frédéric Martin voulait devenir journaliste, il a obtenu son diplôme, mais s'est finalement retrouvé au chômage. C'est à partir de son expérience de lecteur, poussé par les circonstances et son réseau d'amis, de professionnels, que lui est venu l'envie d'éditant en « explorant des auteurs rares ».

 

Aux éditions Attila, ce qui importe est notamment ce lien entre les livres qui font la cohérence d'un label, et l'éditeur estime que cette politique est nécessaire à toutes les petites maisons d'édition. Selon lui, 3 ou 4 publications annuelles, c'est ce que devrait publier un indépendant soucieux de préserver la qualité de son offre.

 

Sa vision du métier passe par la recherche et la lecture de textes, la conception des maquettes en collaboration avec les auteurs, les relations avec les libraires, calages chez les imprimeurs et autres rendez-vous avec les journalistes.

 

Savoir garder ses auteurs même après un succès

 

Thierry Boizet est quant à lui devenu éditeur, en s'ennuyant libraire. C'est ainsi qu'après avoir fait une recherche de nom au « pif dans le dico » que les éditions Finitude sont apparues en 2002. Un projet qui se focalisait avant tout sur la littérature, avant de s'étendre aux rééditions de titres indisponibles et d'inédits d'auteurs anciens.

 

Selon lui, 10 années d'expérience , « c'est tout juste ce qu'il faut pour exister dans le paysage de l'édition ». Avant, si son sentiment était que les libraires faisaient accueil favorable à la nouveauté, il ne se sentait pas considéré par eux comme un véritable éditeur.

 

Il estime que le premier piège est de vouloir faire de l'argent en se lançant dans le métier, et que le grand atout c'est de savoir « garder ses auteurs même après un succès ».

 

Face aux enjeux et à la mutation du marché

 

L'arrivée du numérique est perçue par ces indépendants comme une priorité nationale donnée en France et parfois au détriment du papier. Pour autant, s'ils ont choisi de faire vivre l'objet-livre, ces professionnels se sentent néanmoins concernés. Il y a des parts de marché potentielles à se partager, et un nouveau format avec ses nouvelles promesses technologiques.

 

Quand on leur pose « la question qui fâche », les éditeurs annoncent que s'ils essaient de pourvoir au maximum les librairies indépendantes, leur premier client est finalement Amazon. Le véritable prédateur n'est donc pas forcément désigné d'avance.

 

Les éditeurs indépendants estiment que leur réussite passe en premier lieu par la qualité des livres, de leur diffusion, d'une présence aux côtés du libraire. S'ils ressentent la liberté d'édition écrasée par des « soft powers », en raison des difficultés éprouvées notamment à s'aligner sur les prix des grands groupes, des marges plus faibles qu'ils retirent en conséquence des ventes, ils ne se disent toutefois pas inquiets.