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Le dessin de lolicons désormais illégal jusque dans le cadre privé

Julien Helmlinger - 27.08.2013

Edition - Justice - Lolicon - Censure - Pédophilie


Si tout le monde s'accorde à condamner les actes pédophiles, reste la question du simple fantasme sans passage à l'acte que l'on peut voir notamment dans certains mangas.  Or la réforme du Code pénal français en date du 5 août, durcissement de la législation en la matière, a de quoi susciter le débat. Désormais, dessiner un mineur dans une situation pornographique imaginaire est passible d'une peine d'emprisonnement de 5 ans ainsi que d'une amende de 75.000 euros. Et ce, même si le croquis n'est pas diffusé.

 

 

De quoi se faire des cheveux  blancs ?

 

 

Passé relativement inaperçu, le durcissement de la législation pourrait néanmoins être interprété comme nuisible aux libertés personnelles, comme le note notamment l'expert en cybercriminalité Éric Freyssinet. Tandis que la définition légale du délit de pédopornographie a été mise à jour, pour la rendre plus stricte, en vertu de la légitime protection de l'enfance.

 

Jusqu'à lors, l'article 227-23 du code pénal ne condamnait que « le fait, en vue de sa diffusion, de fixer, d'enregistrer ou de transmettre l'image ou la représentation d'un mineur lorsque cette image ou cette représentation présente un caractère pornographique ».

 

Article qui impliquait l'interdiction de filmer un mineur dans un acte sexuel, ou encore de le faire sous forme de dessins animés ou d'images de synthèses, ce que l'on qualifie de lolicon, lorsque ces contenus étaient destinés à la diffusion auprès de tiers.

 

Ce qui a changé cet été, est que la loi précise dorénavant que « lorsque l'image ou la représentation concerne un mineur de [moins de] quinze ans, ces faits sont punis même s'ils n'ont pas été commis en vue de la diffusion de cette image ou représentation ».

 

Courant 2007, la Cour de cassation avait confirmé que les sanctions étaient valables au même titre pour les enfants réels qu'en ce qui concerne des images non réelles représentant un mineur imaginaire. Avec la dernière réforme, se trouve ainsi interdit tout dessin ou toute image de synthèse que quelqu'un réaliserait pour son propre usage privé, et ce, même si le fantasme couché sur papier n'implique aucun passage à l'acte pédophile.

 

Que l'on punisse des crimes ayant causé leurs victimes, il n'y a là certes rien d'étonnant. Mais lorsqu'il n'y a aucune victime dans l'affaire, on peut se questionner quant au bien-fondé d'une telle mesure répressive.

 

Et d'autant plus que la censure de l'imaginaire se révélerait contre-productive selon une enquête japonaise. Pointant que la libre circulation du lolicon aurait contribué à faire baisser les viols d'enfants, en fournissant aux pédophiles une substitution virtuelle. 

 

via Numerama