Le dessinateur marocain Khalid Gueddar menacé, après la mort de Nahed Hattar

Clément Solym - 27.09.2016

Edition - International - Khalid Gueddar Maroc - assassinat Nahed Hattar - Jordanie caricature Allah


L’assassinat de l’écrivain et journaliste Nahed Hattar soulève une indignation légitime. Ce Jordanien, mort pour avoir diffusé une caricature représentant Allah, devient un symbole de plus de l’extrémisme grandissant...

 

 

 

Nahed Hattar se rendait au tribunal d’Amman quand il a été tué de trois balles, tirées en pleine tête, par un imam. Le journaliste n’était pourtant pas même l’auteur de la caricature : il avait simplement rediffusé sur le réseau Facebook ce dessin, plutôt évocateur. Il s’agissait d’un combattant islamiste qui, une fois mort, au paradis et entouré de deux femmes, demandait à Dieu de lui apporter du vin...

 

À l’instar d’autres organisations d’auteurs, l’Union des écrivains du Maroc a fermement condamné la mise à mort, évoquant un « acte terroriste barbare abject ». Et de souligner : « Cet assassinat constitue le couronnement d’un long processus de restrictions, de crimes et d’assassinats ayant atteint plusieurs de nos brillants intellectuels et écrivains arabes. »

 

Présenté comme un « intellectuel doué et audacieux, connu pour son courage inédit et son dévouement à la liberté et à la modernité du monde arabe », Nahed Hatter est une victime de plus. Un meurtre qui « constitue un préjudice à toutes les tentatives d’émancipation et de rationalisation », d’autant que les intellectuels « vivent actuellement dans un climat asphyxiant de restriction de la liberté d’expression et de la pensée », rapporte l’agence de presse marocaine.

 

Et les menaces pleuvent...

 

C’est dans le même temps, ou presque, que le caricaturiste marocain, Khalid Gueddar a fait savoir qu’il avait demandé une protection policière. Après avoir fait paraître le dessin qui a provoqué la mort de Nahed Hattar, le dessinateur a reçu des menaces de mort.

 

Lui-même a fait l’objet de pressions incessantes, venant du gouvernement et des autorités marocaines, du fait de son travail. Son procès, en 2012, avait été particulièrement médiatisé, alors que son arrestation s’était déroulée dans des conditions plus que douteuses. En effet, le dessinateur devait alors lancer un journal satirique, Baboubi, deux jours avant d’être arrêté. 

 

Khalid Gueddar

 

 

C’est à sa fonction de directeur de la rédaction de Baboubi que l’on s’en est pris cette fois, à travers des commentaires laissés sur sa page Facebook. « La malédiction de Dieu soit sur vous et que Dieu décide de votre mise à mort et votre égorgement, ô, ennemi de Dieu. » Plutôt clair, en effet. 

 

Cité par l’AFP, il assure que la police doit impérativement ouvrir une enquête et ne pas laisser la possibilité que l’on tente de lui nuire. D’autant que c’est en republiant lui aussi, le dessin qui a conduit à l’assassinat de Nahed Hattar, que ces commentaires ont fleuri. 

 

On apprend par ailleurs que les autorités jordaniennes ont contraint les médias locaux à ne rien publier sur la mort du journaliste, prétextant le secret de l’enquête. Une décision qui concerne également les réseaux sociaux.