Le difficile métier d'éditeur canadien

Clément Solym - 23.03.2012

Edition - International - Canada - éditions - avenir


Sur l'émission de radio Hour One, diffusée sur CBC, sont intervenus dimanche dernier trois éditeurs canadiens afin d'expliquer les difficultés rencontrées dans leur métier. Leur peur principale : un possible manque de soutien de leur gouvernement.


Margie Wolfe, présidente de l'Association des éditeurs canadiens, directrice de la maison d'édition Second Story Press qu'elle a cofondé, Patsy Aldana, directrice et fondatrice de Groundwood Books, ainsi que Scott McIntyre, directeur de la maison Douglas and McIntyre, se sont retrouvés pour une heure d'émission, et ont évoqué les fiertés de leur métiers, ainsi que les problèmes relatifs à l'époque et aux nouvelles perspectives de l'édition.

 

 


Les canadiens lisent-ils moins?


Selon Scott McIntyre, non. mais selon selon Patsy Aldana, « nous formons de bons lecteurs qui n'ont plus le goût de lire ». Cette situation est plus dangereuse  que ce que l'on croit, selon elle. A quoi bon produire des livres en si grand nombre si on ne connecte plus les lecteurs à ces livres? Il est vrai que la question des ressources est centrale dans ce débat, d'autant plus que les éditeurs semblent de moins en moins aidés dans ce domaine. Scott McIntyr note par ailleurs que « les éditeurs canadiens ont toujours été remarquables par leur résilience », par leur capacité à s'adapter.


Appauvrissement de la demande, donc... et de l'offre.  Les grands détaillants ont une offre 20% moins intéressante, mais contrôlent 75% des ventes dans le pays. Aucun autre pays n'aurait ce genre de concentration.


Menacés par les ebooks?


D'un côté pou de l'autre de l'Atlantique on n'y échappe pas. Le format numérique menace aussi le travail de ces éditeurs, même si ceux-ci s'adaptent et produisent des ouvrages aux deux formats. Si la consommation d'ebooks enregistre une hausse dans les années à venir, les éditeurs devront augmenter leurs parts de revenu sur ce format, et donc probablement augmenter leurs prix.


La question des marges étant abordées, ils admettent que les marges ne sont « pas mauvaises », mais qu'il ne peut s'agit en aucun cas, pour l'instant, d'un modèle économique viable. « Il est trop tôt pour décider si les ebooks cannibalisent l'édition traditionnelle », explique M. McIntyre. Même si la demande augmente lentement mais sûrement. Selon Margie Wolfe, les ebooks ne représentent pas une menace pour le secteur, car l'édition papier continue de payer dégager plus de profits que les ebooks.

 

Les bibliothèques ne sont pas fournie par penguin, random house, ils les fontpayer trop cher. « Nous avons une mission commune, faire lire au Canada », explique Paztsy Aldana, dénonçant par la même occasion les pratiques de Penguin ou encore Random House, qui continue de faire payer beaucup trop cher les bibliothèques pour se procurer leurs ébooks... un contre-exemple de ce qu'il convient de faire, selon elle.

 

La question des exportations


Le thème du double étiquetage des livres canadiens (un ouvrage  a toujours un prix qui lui permet d'être vendu et aux Etats-Unis et au Canada. Et ce système empêche de garder des prix assez hauts. « Aux USA les prix sont artificiellement bas. Ils ont un modèle d'économie de marché. Ce n'est pas notre cas ». Ils évoquent à ce titre le modèle européen, qui permet selon eux d'avoir des librairies indépendantes d'une part et des maisons d'édition relativement aisées d'autre part. En somme, si le prix unique du livre avait existé outre-atlantique, Borders n'aurait jamais coulé.


Scott McIntyre ironise : « Nous avons toujours été de bons créateurs, mais nous vendons parfois plus de livre en Europe qu'au Canada ».


L'exception culturelle


Il existe au Canada une loi permettant de conserver dans le giron national toute entreprise mettant en valeur le patrimoine culturel du pays, ce que font les éditeurs par exemple. Aussi, quand le détaillant canadien est sur le point de se faire racheter, c'est l'angoisse, et le moment de se rappeler certains détails. Ainsi, la vente de Kobo à Sony par Indigo est perçue comme le moyen de montrer une image sereine de son activité, dans le but de convaincre un acheteur potentiel.


Il faut dire que la pilule McClelland & Stewart ne passe pas. M&S a en effet été vendu à Random House  en janvier dernier. Random House aurait par ailleurs profité de 11 ans de subventions d'état infusée dans M&S, en la rachetant, sans aucune transparence. La perte de « ce joyau » de l'édition canadienne en a laissé plus d'un amer sur l'avenir de l'édition nationale.


Le message essentiel de cette rencontre : « Le secteur du livre doit rester canadien ». Les éditeurs s'inquiètent de voir l'exception culturelle menacée, car le sort d'Indigo est maintenant entre les mains du gouvernement, et qu'on ne peut pas prévoir ce qu'il adviendra de la librairie.


Faut-il encore faire confiance au gouvernement?

 

Selon Scott McIntyre, la préférence nationale flanchera quand des opportunités comme Amazon s'implanteront plus durablement. « C'est une question d'argent. Rappelons nous qu'Amazon.uk correspond à 30% du marché britannique », avant les produits de consommations courantes comme l'alimentation.


Le public canadien lirait également de moins en moins de contenus canadiens, ce que Maggie Wolfe considère comme un « outrage ». Mais ils s'accordent à dire que petite et grandes maisons d'édition doivent continuer à avancer de concert, afin de proposer constamment une offre élargie. « Ce sont les lecteurs qui nous ferons survivre », conclue Patsy Aldana.  


Via CBC.ca.




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