Le Dilettante s'ouvre au numérique : ebooks à moitié prix, sans DRM

Clément Solym - 18.03.2012

Edition - Les maisons - Le Dilettante - catalogue numérique - DRM


Information ActuaLitté : À l'heure du premier salon dématérialisé du livre où les visiteurs du jour ont fait office de visiteurs du soir, et où les standards numériques s'ouvrent plus facilement que la Porte de Versailles, un nouvel acteur symbolique va ouvrir son catalogue à une offre numérique. Dirigées par l'éternel « despote éclairé », Dominique Gaultier, les éditions Le Dilettante s'apprêtent d'ailleurs à connaître une évolution numérique d'ampleur.

C'est que la dernière maison à proposer des couvertures si particulières et soignées s'apprête à faire la grande bascule vers le livre numérique. Depuis plusieurs années, Le Dilettante observe le marché. « Nous avons regardé et attendu entre autres le prix fixe du livre numérique et la TVA unique, mais désormais nous allons nous lancer, à compter du 1er avril prochain, en proposant notre catalogue de titres numériques, intégrés à la plateforme Eden Livres », nous explique Claude Tarrène, directeur commercial de la maison.

  

 

Respecter le travail du papier

 

 

Eden Livres, cette plateforme issue du travail de Flammarion, Gallimard et le groupe La Martinière, sert d'entrepôt numérique pour les livres numériques des différentes maisons. Mais Le Dilettante n'approche pas les rivages de l'EPUB sans une certaine assurance. D'abord, c'est un tiers de son catalogue qui sera proposé, soit une centaine de titres, sur les 300 du catalogue papier. Ensuite, car ces couvertures si spécifiques à la maison seront reproduites dans les fichiers numériques « avec la finalisation experte et up to date de la société de Shalev Vayness d'Isako qui maîtrise parfaitement les sept logiciels de gestion de numérisation d'un ouvrage pour obtenir un EPUB sur lequel nous avons peu de corrections à apporter ».

 

 

 

« Nous proposerons une tarification de 50 % du prix du livre papier, pour commencer. Et nos livres seront vendus avec tatouage, mais sans DRM, sauf opposition a posteriori de l'auteur que nous respecterions aussitôt grâce à la grande souplesse de la mise à disposition des fichiers numériques puisque EDEN permet toutes sortes de modifications dans la journée, et même dans l'heure, valables alors pour tout le monde. »

 

Nécessairement une bonne nouvelle, dont les lecteurs se réjouiront. La commercialisation passera donc d'abord par Eden, ensuite viendra « sans doute celle d'Apple et d'autres bien en place. Nous verrons pour Amazon si nous parvenons à négocier les termes d'un accord correct ». Le Dilettante assurera par ailleurs sa propre diffusion numérique comme en librairies.

 

 

L'éditeur doit avoir le dernier mot

 

 

Car avant d'accepter les sirènes d'Amazon, selon la phrase d'Auguste, Le Dilettante se hâte lentement. « Ils souhaitaient que nous mettions nos fichiers à disposition dès le mois de décembre. » Une manière, évidemment, d'enrichir plus encore le catalogue du marchand de Seattle, qui venait tout juste, ou presque d'arriver en France. « Nous avons choisi d'attendre pour être plus au point sur nos fichiers, réalisés par la société Isako, qui génère de très beaux fichiers et de disposer de plus d'ouvrages. Ne pas céder à la pression d'Amazon, pour affirmer que l'éditeur a toujours son mot à dire. »

 

C'est que la situation est tout de même complexe, et doublement : d'un côté, si le contrat est établi en fonction de la juridiction américaine, ou du pays où se trouve le siège social des entreprises, GoogAmApp, l'éditeur pourra plus difficilement faire valoir ses droits. De l'autre côté, persistent ces questions de TVA sur les livres numériques. « Au Luxembourg, Amazon dispose d'une avance confortable, avec un taux de 3 %, là où les libraires français sont fixés à 7 %. Quatre points, sur un marché qui se crée, c'est important, et surtout, défavorise les librairies. »

 

 

Approches numériques

 

 

En plus de cette constitution d'un catalogue de livres numérique, le Dilettante va également passer à un site internet refondu. « Nous avons pris en compte l'importance des réseaux sociaux et des partages depuis Twitter ou Facebook. Aujourd'hui, ne pas les intégrer serait une erreur : il est important de permettre d'échanger le plus facilement possible », ajoute Juliette Cadaÿs, attachée de presse de la maison. « C'est une évidence : les réseaux participent de notre travail, pour faire connaître les livres et parler des auteurs. »

 

Mais on réfléchit également à d'autres solutions que la vente directe. Ainsi, l'initiative de Youboox, qui offre une solution d'accès sur la forme d'un Deezer-like - avec une offre d'accès gratuit, intégrant de la publicité, et une autre, sous abonnement - pourrait tout à fait intéresser l'éditeur. « Nous réfléchissons, à ces nouvelles solutions de lecture mais sans plage publicitaire, car ce n'est pas le genre de la maison. Ce qui compte, c'est de permettre de lire. La majorité de nos auteurs préfèrent continuer à recevoir leurs droits d'auteurs, à partir de ventes unitaires, cela va très bien pour nous. S'il existe cependant de nouvelles solutions, nous y sommes vigilants. »

 

Pour l'heure, Anna Gavalda, publiée au Dilettante, ne fera pas partie des auteurs qui intégreront le catalogue des premiers titres disponibles en version numérique. Cependant, une prochaine annonce devrait avoir lieu, et la romancière se réserve un effet de surprise encore à venir...