Le directeur du CITL d'Arles, Chevalier des Arts et des Lettres

Claire Darfeuille - 14.11.2014

Edition - International - Assises de la traduction littéraire - CITL d'Arles - Jörn Cambreleng


Les 31es Assises de la traduction littéraire d'Arles ont vu Jörn Cambreleng recevoir l'insigne de Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres. L'occasion pour le directeur du CITL de réfléchir à son engagement pour promouvoir la traduction littéraire, un « projet politique majeur ».

 

 

Jörn Cambreleng, Hervé Schiavetti, maire d'Arles et les lauréats du concours Atlas-Junior 

© Romain Boutillier

 

 

« Si je me suis décidé à recevoir cet insigne, c'est pour pouvoir évoquer brièvement la dimension politique de ce projet merveilleux porté par ATLAS. Ce projet, modestement, sans bruit, mais puissamment, participe à une transformation du monde », explique Jörn Cambreleng, directeur du CITL, dans un long discours, chaleureusement applaudi par les participants des 31es Assises de la traduction littéraire réunis à Arles du 7 au 9 novembre dernier.

 

Il revient sur le parcours qui a été le sien et l'a amené « à faire vivre et grandir ce merveilleux et improbable phalanstère littéraire, cette île utopique où peuvent se rencontrer des gens du monde entier animés par une volonté commune : traduire ». Cette Babel heureuse qui accueille chaque année traducteurs en résidence et manifestations autour de la traduction littéraire, c'est bien sûr le CITL d'Arles, qu'il dirige depuis cinq ans, avec la volonté d'ouvrir le lieu au public et de multiplier les échanges internationaux. L'ATLAS qui gère le collège est d'ailleurs membre du Réseau Européen des Centres Internationaux de Traducteurs littéraires, le RECIT, dont Jörn Cambreleng vient de prendre la présidence du conseil d'administration à la suite de Peter Bergsma des Pays-Bas.

 

Récompenser le travail d'une équipe

 

Dans son allocution, Jörn Cambreleng souligne que « la reconnaissance qui est attachée (à cette distinction) vient récompenser le travail d'une équipe, celle des salariés d'ATLAS, qui a porté avec moi le projet ». Il cite Caroline Roussel, Chloé Roux et Christine Janssens, qui, à ses côtés, ont largement contribué au « développement des activités et rayonnement grandissant d'ATLAS, du collège et de la Fabrique des traducteurs dans le monde », puis déclare, « puisque me voilà chevalier », vouloir profiter de l'occasion pour « enfourcher ma rossinante et me précipiter contre quelque moulin à vent »…

 

Venu du théâtre où il fut comédien, mais aussi traducteur de grands auteurs allemands ou autrichiens (F. Schiller, F. Wedekind, Gerhart Hauptmann, Elfriede Jelinek, Andreas Marber, R.W. Fassbinder et Anja Hilling), Jörn Cambreleng explique que « Marivaux, Brecht, Shakespeare, Kleist m'ont ouvert sur le monde », puis conduit « vers la littérature tout court ». Il poursuit : « Si cette entrée en littérature a été tardive, elle a été choisie, car j'ai clairement ressenti combien la littérature aide à vivre, combien le fait de rencontrer des mots capables de formuler ce qu'on appelle en allemand notre Weltanschauung, notre rapport au monde, nous rattache à la communauté des humains, vivants et morts ».

 

 

remise insigne de chevalier des arts et lettres à Jörn Cambreleng

Jörn Cambreleng © Romain Boutillier

 

 

Il se réfère plus avant à sa culture germanique, en citant un texte de Freud de 1915, « Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort », qui évoque selon lui sans le nommer le travail du traducteur : « On pouvait penser que les grands peuples avaient eux-mêmes acquis une telle intelligence de leurs points communs et une telle tolérance à l'égard de leurs différences que les notions d'« étranger » et d'« ennemi » n'étaient plus autorisées, à leurs yeux, à se confondre, comme c'était encore le cas dans l'Antiquité classique », puis rapporte en conclusion un échange épistolaire entre le psychanalyste et Albert Einstein en 1933.

 

Le physicien l'interroge sur les moyens d'arrêter la guerre. Réponse de Freud : « Nous sommes fondés à nous dire que tout ce qui stimule le développement de la culture travaille également contre la guerre ». Une conviction que Jörn Cambreleng semble avoir faite sienne pour défendre et promouvoir la traduction littéraire et la circulation des œuvres et de leurs auteurs entre les pays.