Le discours d'Obama chez Amazon provoque la colère de l'édition

Clément Solym - 30.07.2013

Edition - Librairies - déplacement présidentiel - Barack Obama - centre de distribution


En France, on avait connu Arnaud Montebourg accueillant à bras ouverts l'inauguration de l'entrepôt d'Amazon, à Chalon. Le symbole était déjà fort : le ministre du redressement productif donnant une métaphorique accolade à la société accusée de tuer la librairie... Mais aux États-Unis, on fait plus fort, et c'est le président en personne, Barack Obama qui se déplace aujourd'hui à Chattanooga, dans le cadre de déplacements pour promouvoir la classe moyenne.

 

 

Amazon.com

jo.in.pink, CC BY 2.0

 

 

Rendez-vous cet après-midi dans le Tennessee, donc, pour le discours présidentiel, prochain d'une série déjà entamée voilà quelques semaines. Cette allocution ne sera toutefois pas prononcée dans un lieu anecdotique : c'est au centre de distribution d'Amazon, ouvert il y a deux ans, dans le sud du parc industriel, que le président fera sa déclaration. Pour la Maison Blanche, il faut comprendre que le président porte l'accent sur la relance économique, alors que ce centre industriel représentera la croissance future du pays. 

 

Le discours doit être centré sur la création d'emplois, mieux rémunérés, et la volonté présidentielle de relancer l'embauche dans le secteur privé, rapporte l'AP. Il souhaite également évoquer les nouvelles idées venues pour créer des emplois sur le territoire. Et pour Amazon, c'est un coup d'éclairage fantastique : le centre de distribution de Chattanooga compte 2000 employés, selon une porte-parole de la firme, qui se dit « honorée » de cette visite. Pour l'occasion, d'ailleurs, Dave Clark, vice-président des opérations mondiales et du service clientèle sera présent.

 

Pas même Jeff Bezos pour se déplacer, à l'occasion de la venue du président des États-Unis... 

 

Mais cette visite présidentielle, dans un centre de distribution d'Amazon passe très mal auprès de l'industrie du livre - libraires et éditeurs voient rouge, et considèrent ce déplacement comme une preuve que l'administration Obama est doigt sur la couture devant Amazon. Quand on se souvient qu'Apple a perdu le procès que lui intentait le ministère de la Justice, sur la fixation du prix de vente des ebooks, ce type de commentaire pèse lourd. Car dans l'action contre Apple, on retrouvait bel et bien Amazon, dans l'ombre, à peine.

 

Plusieurs réactions de colère se font entendre. Denis Johnson, fondateur de la maison indépendante Melville House, assure : « Aucun monopole américain n'a été aussi mis à l'aise par le gouvernement. » C'est peut-être oublier un peu rapidement que la semaine passée, Obama s'est rendu dans deux librairies indépendantes, et qu'il a régulièrement été photographié dans ce type d'établissement. Mais soulignons également que le président a toujours été un fervent défenseur de la lecture et du livre, provoquant des pics de vente à chaque fois qu'on le voit se déplacer avec un ouvrage.

 

Au service de presse de la Maison Blanche, Amy Brundge explique que la visite d'Obama dans ce centre est « un parfait exemple d'entreprise qui investit dans les travailleurs américains et la création d'emplois stables avec un salaire élevé. Ce que le président veut faire, c'est mettre en valeur l'installation d'Amazon et Chattanooga, comme un exemple de société qui stimule la croissance et l'emploi, pour maintenir notre pays compétitif ».  

 

L'affaire n'est vraiment pas du goût des libraires indépendants, et pas plus des éditeurs, qui se plaignent des conditions commerciales d'Amazon, que ce soit comme acteur pratiquant un dumping sauvage, ou un concurrent intouchable. D'autre part, le nombre d'employés du centre tournerait plutôt autour de 1800 personnes, avec des salaires entre 23 et 27.000 $ annuels, alors que le revenu médian des ménages dans la ville est de 37.000 $ et 44.000 dans l'État du Tennessee. D'autre part, le seuil de pauvreté, au niveau fédéral, pour une famille de quatre personnes est fixé à 23.550 $ ou 11.490 $ pour une personne seule. 

 

Évidemment, Amazon profite de l'occasion pour communiquer abondamment sur ses projets d'embauche, et assurer que le salaire de ses employés est de « 30 % supérieur à celui des personnes qui travaillent dans les magasins de détail traditionnel ». Et ce, sans même prendre en compte les actions que les salariés à temps complet reçoivent chaque année, depuis les cinq dernières années, ce qui ajoute 9 % de rémunération annuelle. 

 

Aucune manifestation n'a été officiellement organisée, mais les libraires restent consternés par cette visite et un déplacement qualifié de choquant. Une lettre ouverte adressée à l'American Booksellers Association faisait récemment état des mauvais traitements que les intérimaires connaissent en Pennsylvanie, dans l'un des entrepôts d'Amazon. On attendra le commentaire du président à cet égard.