Le groupe suédois Bonnier abandonne les DRM

Antoine Oury - 18.06.2015

Edition - Les maisons - Bonnier Publishing - Allemagne - DRM


Les débats autour de l'utilisation des verrous numériques, ou DRM, sur les catalogues, ne sont pas calmés en Allemagne. Dès le début d'année, des libraires allemands avaient souligné toute la stupidité de ces moyens techniques de protection, qui ne font que rendre difficile, voire impossible, l'usage des livres numériques. Le Syndicat des éditeurs, le Börsenverein, avait appuyé cette demande des libraires.

 

Digital Lard

Pas vraiment, en fait (Paul Downey, CC BY 2.0)

 

Certains n'hésitent pas à dire que les jours des DRM sont comptés, outre-Rhin : le groupe suédois Bonnier a choisi de s'en passer totalement, dès le 1er juillet prochain. Et sa décision pourrait sérieusement peser dans la balance, puisqu'il fait partie de l'important trio formé avec Holtzbrinck et Random House (Bertelsmann). Par un effet d'entraînement, ces grands groupes pourraient suivre le mouvement. 

 

Dès le début d'année, Heinrich Riethmüller, directeur de la chaîne de librairies Osiander, avait solennellement demandé aux confrères éditeurs d'abandonner les DRM. Ces derniers étaient même comparés à des « programmes de fidélité pour Amazon », puisque les consommateurs se tournaient naturellement vers la solution la plus simple, quand bien même elle serait propriétaire. Et autant de consommateurs s'enfuyaient vers Amazon, face à la complexité de la gestion des droits du DRM Adobe.

 

Le syndicat des éditeurs, le Börsenverein, avait confirmé auprès d'ActuaLitté qu'il souscrivait à ce vœu : « C'est pour le bien des librairies et de leurs clients que ces obstacles [les DRM « durs », NdR] disparaissent », explique Alexander Skipis, directeur général du syndicat. Les « DRM durs » évoqués sont ceux d'Adobe, totalement obsolète à l'heure où des solutions de tatouage numérique bien moins fermées existent. Le groupe américain HarperCollins est l'un des rares grands groupes éditoriaux à les utiliser massivement.

 

Dès le 1er juillet, des catalogues d'éditeurs prestigieux comme Piper, Carlsen, ou Ullstein seront donc sans DRM. (via Lesen)

 

En France, la situation est légèrement différente : les libraires appellent eux aussi de leurs vœux l'abandon des DRM « durs ». « Le Syndicat de la Librairie Française a toujours considéré et dit que les DRM « lourdes » nuisaient à l’expérience client lors de l’achat de livres numériques auprès des librairies et qu’ils pénalisaient la capacité des libraires à se développer sur ce marché. C’est pour cette raison que le SLF a toujours défendu l’interopérabilité, au niveau français et européen, et qu’il s’est investi sur un projet tel que MO3T (aujourd’hui en cours de reconfiguration et d’avancement) qui permet de faire sauter cet obstacle et de rendre les solutions des libraires compétitives par rapport aux systèmes dits "propriétaires" ou "verticaux" » nous expliquait Guillaume Husson, le délégué général du Syndicat de la Librairie Française.

 

Ce qui n'entraîne cependant aucune réaction du Syndicat National de l'Édition française, d'habitude plutôt vif lorsqu'il s'agit de mettre en avant la défense des librairies.