Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le droit d'auteur malmené, la démocratie menacée... ou presque

Clément Solym - 09.04.2013

Edition - International - devenir des auteurs - numérisation - ère numérique


Les menaces contre les auteurs se multiplient, que ce soit en France, aux États-Unis. Entre ReLIRE sous nos latitudes et l'autorisation de la Cour suprême d'importer et revendre des éditions étrangères d'oeuvres américaines, parce qu'elles sont moins chères, que la production nationale, le créateur doit se sentir bien petit, et bien seul. Scott Turow, président de l'Authors Guild s'est lancé dans un panégéryque de l'auteur, publié sur le New York Times.

 

 

Miss A Writes a Song

mrsdkrebs, (CC BY 2.0)

 

 

Le métier d'auteur compte parmi les rares défendus par la Constitution, attendu que le Congrès doit promouvoir le progrès des Sciences et l'utilité des Arts, en assurant un droit exclusif sur les découvertes et les écrits. La diversité littéraire, dont les auteurs sont à l'origine et leur indépendance, « ne peuvent être menacés, [car] ils sont essentiels à la démocratie ». Et si les best-sellers ne souffrent pas de la crise qui frappe la réalité du copyright, les nouveaux venus et les auteurs aux ventes moyennes sont les premiers en danger. 

 

Le cas des livres numériques devient exemplaire : alors qu'il implique des économies financières réelles pour les maisons, celles-ci ont opté, plutôt que de rémunérer mieux les auteurs, fixer des limitations sur les droits versés, à 25 % des recettes nettes. Soit la moitié de ce qu'ils touchent sur les hardcover. Les gros vendeurs ont du poids pour négocier, mais tous ne sont pas dans ce cas : les revenus diminuent à mesure que le marché numérique augmente, et le serpent continuera de se mordre la queue. 

 

Conséquence : le marché de la contrefaçon poursuit son développement avec des sites qui proposent de télécharger des oeuvres, tout en assurant leur rémunération par le biais de la publicité. Avec la complicité - indirecte - des moteurs de recherche, les auteurs se retrouvent une fois de plus spoliés. Une contradiction intrinsèque à Google, qui en 2004 s'est mis à numériser sans droit des millions d'oeuvres. 

 

On s'en souvient le projet Google Books avait fait grand bruit, avec un procès : revendiquant le ‘Fair Use', la firme californienne proposait de partager les revenus... issus de la publicité. La guilde des auteurs avait vivement combattu, mais un autre ennemi avait surgi en 2011 : HathiTrust, consortium de bibliothèques universitaires, avait livré 200 oeuvres déclarées arbitrairement et sans vérification, orphelines. C'est-à-dire sous droit, et dont l'ayant droit n'est normalement pas connu. Pourtant, quelques bêtes recherches démontraient que l'on pouvait mettre rapidement la main sur ces auteurs. 

 

La fracture littéraire

 

Ces exemples, poursuit Turow, sont autant « de nouvelles fractures dans la tradition des alliances littéraires ». Et comme aujourd'hui, tout le monde revendique que l'information doit être gratuite, libre, le droit d'auteur est réduit parfois à sa plus simple expression. Une simple expression. 

 

Même les bibliothèques publiques prennent part à ce grand marasme. Si les auteurs avaient un accord ancien avec elles, la question du livre numérique incarne une nouvelle violence faite aux créateurs. En incitant à emprunter des livres numériques sur lesquels les revenus des auteurs sont encore flous - et comme les éditeurs craignent pour leur modèle économique, ils refusent clairement de proposer des offres.

 

Alors, quand à tout cela s'ajoute le brevet d'Amazon ou d'Apple sur la vente de contenus numériques d'occasion, comment l'auteur pourrait-il se sentir rassuré dans cet univers. Le seul gagnant, au-delà des 2 $ qu'économiserait le consommateur, sera encore l'un des géants de l'économie numérique. Et Turow de conclure : « Les rédacteurs de la Constitution avaient raison. La répression façon soviétique n'est pas nécessaire pour diminuer la production des auteurs et leur influence. Il suffit de sabrer le droit d'auteur. »

 

Cette déclaration d'amour, d'intention, cette profession de foi, ne manque pas de justesse - si l'on considère que Turow plaide pour sa paroisse. Il ne faut pas oublier que Turow a toujours exprimé une certaine (et vive) réserve vis-à-vis du livre numérique. Ses prises de position sont donc toujours nuançables.

 

De même, la production de livres a augmenté considérablement, et il est plus facile que jamais, pour un auteur, de proposer ses oeuvres. Évidemment, cela implique que la cagnotte, habituellement partagée entre des auteurs classiques, se partage désormais avec de nouveaux entrants. On pourra retrouver la contre-expertise de TechDirt, pour une vision plus complète. Et sourire.