Le droit d'auteur, pour l'amour du fisc

Nicolas Gary - 25.11.2014

Edition - Economie - Jacques Seguéla - Valérie Trierweiler - Lorànt Deutsch


Si les auteurs se mettent à causer de fiscalité, maintenant, difficile de trouver le temps de créer. D'autant plus qu'entre Lorànt Deutsch et Valérie Trierweiler, nul n'aurait imaginé que des questions fiscales et d'imposition soient en mesure de réunir des acteurs aussi éloignés dans le champ éditorial. Tout cela n'est évidemment permis que par la magie d'un publicitaire...

 

 

Euro Housing Market

Images Money, CC BY 2.0 

 

 

Hexagone, livre polémique et critiqué, écrit par Lorànt Deutsch, a donné l'occasion au JDD d'un entretien. Alors que le livre sort dans une version illustrée, l'auteur revient sur plusieurs étapes de sa construction, se défendant d'être royaliste – il est monarchiste, ce qui n'a rien à voir [écrit sans ironie aucune, NdA]. 

 

Mais nos confrères passent rapidement sur la question, pour aborder celle... de l'imposition. 

Je n'ai jamais autant donné à l'État. Je suis taxé à 70 %. C'est ce qui me permet aussi d'avoir des convictions et de pouvoir les exprimer. Les gens qui donnent des leçons de morale, mais qui ne sont plus là dès qu'il s'agit de mettre la main au portefeuille, et je ne nomme personne, notamment dans le tennis et en Suisse, j'ai envie de leur dire : « Tais-toi, t'as le droit d'avoir une vision angélique du monde, mais viens payer les impôts chez nous. »

Autrement dit, sur 4 millions € gagnés grâce aux ventes du livre, ce sont 3,2 millions € qui ont été reversés à l'État, assure-t-il. 

 

Taxer les droits d'auteurs, une pratique courante, et qui donne des ailes au publicitaire Jacques Séguéla, qui était interrogé sur le cas Trierweiler par BFM TV. Le fondateur de l'agence spécialisée dans la communication, RSCG, que le groupe Havas avait absorbée en 1996, est littéralement scandalisé par le livre de l'ex-première dame. 

 

Publicitaire aux qualités reconnues, il entame alors une campagne contre la journaliste de Paris Match, déplorant les propos qu'elle a pu tenir, dans la tournée promotionnelle de son ouvrage Merci pour ce moment en dehors des frontières de l'Hexagone. Furieux, et pas qu'un peu, il lui reproche d'avoir tenu des propos dénigrant le pays, le chef de l'État, avec ce sens de la formule : « Bravo les droits d'auteurs, mais je préfère le droit d'honneur. »

 

On se demanderait presque s'il ne s'agit pas d'un doigt, d'honneur. Jacques Séguéla s'enflamme, et propose alors que l'on sanctionne le comportement de Valérie Trierweiler... par la fiscalité. 

Et je propose une chose, c'est qu'on rétablisse la taxe à 75 % pour elle, qu'on lui prenne 75 % de ses droits d'auteurs, alors au moins ça aura servi à quelque chose. Qu'elle vende beaucoup de livres pour renflouer les caisses de l'État.

Il est vrai que selon les différents chiffres avancés, le livre aurait rapporté entre 1,3 et 1,7 million d'euros – à mettre en relation avec le fait que sa présence à l'Élysée aurait pu coûter 482.000 € durant l'année 2013 ? 

 

Dans tous les cas, les comptes de M. Séguéla ne sont pas si bons : en se fiant à ce qu'avance Lorànt Deutsch, qui en matière d'argent, n'a pas peur d'avancer ses propres comptes, l'idée du publicitaire ne rapporterait que 5 % de plus que la taxation déjà appliquée ?

 

On écoutera alors la chronique du Tribunal des flagrants délires, l'émission du 25 octobre 1982, où Pierre Desproges s'interrogeait : « Jacques Séguéla est-il un con ? » L'humoriste avait alors cette réponse superbe : « Ou bien Jacques Séguéla est un con, est ça m'étonnerait tout de même un peu, ou bien Jacques Séguéla n'est pas un con, et ça m'étonnerait quand même beaucoup. »