Le fascisme islamique, livre d'Hamed Abdel-Samad, ne paraîtra pas en France

Clément Solym - 05.09.2016

Edition - Les maisons - Hamed Abdel-Samad - fascisme islamique analyse - France éditeur extrême droite


Né en 1972 au Caire, le politologue et journaliste Hamed Abdel-Samad s’est installé en Allemagne en 1995. Très critique à l’égard de l’islam, il est devenu une cible de choix pour les intégristes – un appel à son assassinat fut lancé en 2013, après une lecture. Et une fatwa a même été lancée contre sa personne, attaquant notamment son travail d’universitaire.

 

Hamed Abdel-Samad, page Facebook

 

 

En 2014, il fit paraître chez Droemer Verlag, Der islamische Faschismus – Eine Analyse, – Fascisme islamique — Une analyse. L’ouvrage devait être publié aux éditions Piranha en France : l’éditeur allemand avait cédé les droits pour les États-Unis, la République tchèque, mais également Hongrie, Suède et Estonie. 

 

Prévu pour le 16 septembre prochain, le livre était retitré L’islamisme est-il un fascisme ?, une approche qui avait déjà fait sourciller la presse allemande. Dans son pitch, l’éditeur indique :

 

Une mise en évidence des parallèles idéologiques entre l’islamisme contemporain (État islamique, Boko Haram, Al-Qaïda) et les régimes fascistes du XXe siècle incarnés par Hitler et Mussolini.

 

Plusieurs sites de vente en ligne ont d’ailleurs commencé à référencer l’ouvrage. Et pourtant, on sait depuis début août que le livre ne sortira finalement pas. En effet, Jean-Marc Loubet, cofondateur des éditions Piranha, avait contacté l’éditeur allemand pour lui signaler qu’il ne ferait pas sortir le livre en France.

 

L'extrême-droite en embuscade, argument insupportable

 

Dans un entretien au Point, l’écrivain revenait sur cette décision : « Il a expliqué qu’au vu de l’actualité sanglante en France, il avait consulté sa petite équipe. Ils ont décidé à l’unanimité de ne pas le publier pour deux raisons. Le premier argument, c’est qu’on ne mesure pas le risque physique d’une publication en France. Selon ses mots, “ça peut être nul, ça peut être mortel”. Je comprends que c’est plus facile de cibler une petite maison d’édition, qui n’a pas les moyens d’assurer une protection à sa porte. »

 

Un argument que l’écrivain acceptait totalement, vivant lui-même sous protection policière, et soucieuse de ne pas faire prendre les mêmes risques à d’autres. Mais un second argument venait contrebalancer cette acceptation.

 

« En revanche, ce que je n’accepte pas, c’est son deuxième argument, d’ordre moral. Il a écrit qu’il ne voulait pas “apporter de l’eau au moulin de l’extrême droite”. Ça, c’est l’argument typique d’un chantage moral auquel je suis sans cesse confronté. Je suis un penseur libre, qui n’appelle pas à la violence, qui ne stigmatise pas les musulmans – au contraire, je les défends comme êtres humains –, mais qui s’en prend à une idéologie que j’estime violente. »

 

La couverture prévue

 

 

Le blog Achse des Guten annonçait déjà fin juillet ce désistement, par la voix de l’auteur, qui signait un billet dénonçant les mêmes errances. « Il n’y a pas longtemps, cet éditeur a écrit “Je suis Charlie”, aujourd’hui, il écrit : “Je crains d’être Charlie”. [...] Voltaire se retournerait dans sa tombe s’il apprenait que la compréhension de la tolérance et de la liberté d’expression ont si peu de travailleurs culturels dans son pays, 230 ans après sa mort. »

 

Chronologiquement, c’est l’attentat de Nice qui aurait achevé de convaincre l’éditeur. Mais l’argument d’apporter « de l’eau au moulin de l’extrême droit en France », souligne-t-il, n’était pas évoqué « voilà deux ans, lorsque l’éditeur a acquis les droits pour le livre ». Et de poursuivre : « Le problème est qu’il prétexte une vertu nécessaire et qualifie sa décision de prudente : cela, je le nomme obéissance et balle que l’on se tire dans le pied. »

 

Aux États-Unis, les éditions Prometheus Books ont fait paraître en janvier dernier Islamic Fascism. Nous ne sommes pas parvenu à joindre les éditions Piranha pour obtenir une réaction.