Le Furet du Nord et Chapitre.com travaillent les livres d'occasion

Nicolas Gary - 07.04.2015

Edition - Librairies - Furet Nord - librairies livre occasion - offre longue traîne


Le réseau de librairies Le Furet du Nord instaure dans ses seize librairies une nouvelle opération. Il s'agit d'une collecte de livres d'occasion, auprès des clients, en collaboration avec le site Chapitre.com. Au cours du mois passé, la campagne est généralisée à l'ensemble des établissements, avec des résultats prometteurs. 

 

 

Inauguration du Furet du Nord à Okabé (Kremlin-Bicêtre)

Furet du Nord à Kremlin-Bicêtre - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Nathalie Deleval, chef de produit livre pour le Furet, précise que le service a en réalité été mis en place voilà 18 mois, dans deux librairies puis deux autres, six mois plus tard. « Désormais, l'ensemble des 16 libraires Furet le propose. Après un mois, nous avons dépassé de 40 % le nombre de livres repris, en regard de nos projections. » En somme, plus de 10.000 ouvrages ont été apportés dans les librairies, au cours du mois de mars. 

 

Bien entendu, le service n'est pas une nouveauté : depuis décembre 2011, un site de vente américain, dont-on-ne-doit-pas-dire-le-nom propose un principe similaire, Amazon Rachète. « La collaboration entre Chapitre.com et Le Furet diffère d'abord parce qu'il n'est pas nécessaire de se rendre à La Poste. Ensuite, nous avons instauré un modèle vertueux qui profitera aux librairies physiques », insiste Nicolas Faroux, directeur des opérations chez Chapitre.com, joint par ActuaLitté.

 

Pour les clients, cela est assez nouveau : « Nous avons l'impression d'avoir un service profitable, qui répond aussi aux attentes. Face à l'accumulation de livres, chez soi, nous offrons une possibilité de revendre d'anciens ouvrages, pour s'offrir des nouveautés. Ce que l'on peut reprocher au livre physique, c'est la prise de place, tout particulièrement quand on en manque, ou que l'on vient à en manquer. Cette seconde vie, ce sont aussi des possibilités d'achats nouvelles. »

 

Selon une grille de reprise, établis par Chapitre.com, les clients vont présenter des titres, parmi lesquels le libraire du Furet opérera un premier choix. « Nous ne recherchons pas exclusivement les nouveautés, comme d'autres services de rachat. Chapitre.com s'intéresse, de par sa spécialisation, à disposer d'une offre la plus étendue possible. » Les best-sellers représentent une certaine rotation, mais les ouvrages techniques ou plus rares, alimentent le principe de longue traîne. « Nous recherchons tout autant les titres du fonds », poursuit Nicolas Faroux.

 

En contrepartie des livres déposés, le client reçoit un bon d'achat d'une contre-valeur, à dépenser les deux mois qui suivent. Pour l'instant la dynamique s'opère, avec 65 % d'utilisation, après seulement un mois, sur les 16 librairies. « C'est une indication, qui devrait augmenter, mais nous avons surtout constaté que ces bons d'achat entraînaient des achats supplémentaires. » Un client avec un bon d'achat acceptera de dépenser quelques euros de plus, qu'il avait peut-être prévu de reprendre.

 

Par la suite, les livres sont centralisés dans l'entrepôt de Lomme, où les services de Chapitre.com viendront les reprendre. « Nous disposons en stock présent et disponible de 500.000 références. Avec cette opération, nous cherchons à augmenter les stocks, tout en améliorant la diversité de notre offre. »

 

Le livre d'occasion en France, un noeud gordien

 

En France, les livres d'occasion sont un sujet particulièrement sensible. Par exemple, dans le cadre de la protection sociale des auteurs, une des pistes de financements établies pourrait porter l'accent sur le marché du livre d'occasion. Marie Sellier, présidente de la Société des Gens de Lettres, le redisait à ActuaLitté, lors du Salon du livre jeunesse de Montreuil : « Cela rapporte au vendeur, et à l'État, qui prélève la TVA de 5,5 %. Tout ce qui passe par un revendeur ayant pignon sur rue pourrait faire l'objet de cette taxation, là encore, indolore. »

 

Dans le même temps, la Médiatrice du livre a été saisie par différentes organisations soucieuses de tordre le cou à la vente en ligne, et surtout, les affichages pratiqués par certains. Proposer un livre comme neuf, d'occasion, serait une infraction au moins à l'esprit de la loi Lang. Laurence Engel souhaiterait donc « renforcer la diffusion de l'information et les mécanismes de veille quant au respect de la législation sur le prix du livre par les revendeurs des plateformes de type marketplace ». (via Nextinpact)

 

Cette question comptait parmi les dossiers qui arriveraient en priorité sur le bureau de la Médiatrice. Les Syndicats de l'édition et de la librairie s'émeuvent depuis des années de ce qu'Amazon vende des livres d'occasion, avec l'appellation neuf, ou presque neuf. Or, pour que le livre soit neuf, il faut qu'il soit commercialisé dans le cadre du réseau de vente traditionnel, et donc, avec un prix de vente fixé par l'éditeur. Pas par un revendeur tiers.