Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Le Furet du Nord, un repreneur qui terrorise les employés de Sauramps

Nicolas Gary - 31.05.2017

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Du côté de Montpellier, le temps est à l’orage. Depuis plusieurs semaines, des informations nouvelles fusent sur la reprise des établissements. Et c’est un certain affolement qui fait place : le risque de voir disparaître plusieurs dizaines d’emplois devient de plus en plus concret.


Librairie Sauramps
Sauramps Odyssée - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Pas besoin de réseaux sociaux pour entendre bourdonner les inquiétudes. « Il faudrait s’attendre à ce qu’il n’y ait plus qu’une seule offre pour l’établissement Triangle – et ce ne serait pas celle de Benoît Bougerol », nous explique-t-on. Le propriétaire de La Maison du livre à Rodez se retrouverait en effet en concurrence avec une chaîne de librairies bien connue : Le Furet du Nord.

 

Depuis plusieurs semaines, l’enseigne revenait dans les discussions : mi-mai, le PDG de Sauramps, Jean-Marie Sevestre, signalait ainsi que plusieurs directeurs du Furet avait été reçus dans les établissements de Montpellier, ainsi que d’Alès, en vue d'une reprise. « Sauf qu’Alès ne les intéresse manifestement pas », précise aujourd'hui un proche du dossier. « Nous pensions que leur intérêt se tournerait vers Odyssée, mais manifestement, c’est Triangle qu’ils veulent. »

 

Dans les faits, cela laisserait les 32 personnes d’Odyssée sur le carreau, et plus de 40 personnes pour Triangle. « On parle de plus de 70 salariés sur Montpellier, et le maire n’a toujours pas levé le petit doigt ? Il refuse d’intervenir ou de faire le moindre commentaire : comment est-ce possible, alors qu’il était également président de la métropole ? », s’interrogent les salariés. 
 

Un gros pavé sur la place de la Comédie
 

70 personnes pour Triangle, car de fait ce sont les services supports – représentant plus de 50 % de la masse salariale – qui seraient concernés. On parle ici de l’administratif, du personnel RH, de la comptabilité, mais également des services d’achats. « Sans oublier la logistique : Furet travaille avec de grosses plateformes. Bien sûr, c’est avec une certaine proximité géographique pour ses établissements, et on pourrait s’attendre à ce que les choses soient différentes pour Montpellier. Mais concernant les ventes pour les collectivités ou le service information et internet ? »

Sollicité par ActuaLitté, le maire de Montpellier, Philippe Saurel, ne souhaite pas faire de commentaires, « ne disposant pas d’une vision globale de l’ensemble des offres de reprises ».

 

Rien n’est acté à cette heure, évidemment : les repreneurs peuvent présenter leur dossier avant le 6 juin, date butoir. « Ce qui pose problème, c’est que le caractère social de leur offre n’est pas privilégié, en regard de la dimension économique », déplore-t-on. « Le respect des spécificités de chaque région pour le marché du livre est aussi à prendre en compte, surtout que les basins de population varient énormément. »

Le rachat de Sauramps serait-il simple ou l’enseigne souhaite-t-elle investir l’espace pour déployer la marque – ce qui pourrait conditionner le maintien de certaines catégories socio-professionnelles. « Partir avec Montpellier en base arrière, c’est plus pratique que de commencer depuis Lille. » Avec une offre où le livre s’inscrit dans une offre plus globale, le Furet pose de nombreuses questions. « Alors que la Fnac installée au Polygone, cette implantation en centre-ville intrigue plus encore. »
 

Il court, il court, le Furet...

 

Avec 80 millions € de chiffre d’affaires au global pour le Furet, les garanties financières sont plus importantes auprès des banques, certes. Et il semble surtout que les soutiens, précédemment acquis à Benoît Bougerol, aient finalement préféré l’option Furet – plus solide. « Difficile de trouver les mêmes garanties rapidement, face à ce que pèse le Furet... », soupire un proche du dossier.

 

« Tout cela va très vite, et les éditeurs qui privilégiaient une première piste semblent se retourner. Même les soi-disant alliés nous font défaut désormais », s’indigne une libraire. « Évidemment, nous préférerions travailler dans un cadre d’indépendance et d’autonomie : la piste d’une chaîne, pour humaine qu’elle soit, n’est pas la plus intéressante pour la reprise d’une librairie indépendante. »

 

Heureusement, quelques sourires restent : lors de la Comédie du livre, grande manifestation littéraire montpelliéraine, les lecteurs ont afflué, témoignant de leur soutien à l’égard des salariés de Sauramps. « Ils ont été géniaux – que l’on parle de chiffre d’affaires ou de leurs marques de sympathie, qui font un bien fou au moral. »

À ce titre, un projet Furet ne semble pas convaincant : « Les gens sont là pour soutenir l’enseigne, en ce qu’elle représente, son concept, et certainement pas un magasin qui tout à coup ressemblerait à un Cultura. »

 

Et preuve de l’implication du PDG dans cette période, Jean-Marie Sevestre « est parti en vacances jusqu’au 6 juin, date de fin de dépôt : certainement que la Comédie l’avait épuisé. Absent pour répondre aux questions des repreneurs, absent pour les signatures... C’est à rendre fou : ce n’est pas comme si, dans un mois, tout était fini... » 
 

Pour certains, la colère se tourne vers celui qui est identifié comme l’un des principaux artisans de cette situation, Matthieu de Montchalin. « La pilule est difficile à avaler : s’il n’avait pas tenté son esbrouffe, on n’en serait pas là. Et surtout, on n’aurait pas à redouter que la moitié des salariés se retrouve sans emploi. » 

Le tout doublé de l'amertume du Picon, certainement.