Le futur de Gallimard Jeunesse, après 27 millions d'Harry Potter

Antoine Oury - 28.11.2013

Edition - Les maisons - Gallimard Jeunesse - Hedwige Pasquet - innovation et création


À l'occasion des bilans financiers annuels, les éditeurs sont parfois prompts à souligner une baisse des ventes, voire un repli catégorique du marché. Des alertes qui font généralement suite aux ventes dithyrambiques, l'année précédente, d'un titre particulier, et signalent surtout que l'éditeur doit se renouveler pour, peut-être, parvenir à un nouveau coup de maître. Le cas de Gallimard Jeunesse, après la déferlante Harry Potter.

 

 

Salon du Livre et de la Presse Jeunesse à Montreuil (2013)

Stand Gallimard Jeunesse, à Montreuil (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Hedwige Pasquet, directrice de la maison Gallimard Jeunesse, reconnaît toute l'importance des ventes d'Harry Potter dans les résultats de la maison : « Harry Potter est aujourd'hui devenu un classique, la série est même entrée à l'Éducation nationale, nous avons donc chaque année d'importantes ventes. Près de 27,1 millions d'exemplaires en langue française ont été vendus, c'est très impressionnant. »

 

Elle souligne également que ce record n'a pas vocation à devenir une exception : « Ce qui c'est surtout passé avec Harry Potter, c'est que beaucoup d'auteurs se sont mis à écrire, comme Érik L'Homme ou Christophe Mauri, qui admettent l'influence de Rowling sur leur métier d'auteur. Cette littérature pour ado, c'est aussi grâce à Rowling, avec des héros qui ont l'âge de leurs lecteurs. Une autre chose, c'est que Harry Potter a vraiment donné envie aux jeunes de se mettre à l'écriture. »

 

La maison en sait quelque chose, puisque l'organisation d'un Concours du Premier Roman Jeunesse, avec RTL et Télérama : 1362 manuscrits ont été reçus, quand la moitié seulement était attendue, et 50 % des textes étaient signés par la main d'un ou d'une auteure âgés de 16 à 25 ans. La gagnante, Christelle Dabos et son livre Les Fiancés de l'Hiver, s'est présentée « comme une évidence » pour le jury.

 

L'éditrice reste persuadée qu'innovation et prise de risques assureront au groupe une pertinence sans cesse renouvelée : « Nous souhaitons animer et inventer, ouvrir de nouvelles possibilités à l'édition jeunesse. Nous avons ainsi créé les Petits Imagiers Sonores, destinés aux bébés dès 12 mois, et développons les départements documentaire ou littérature, avec des auteurs français, anglais ou italiens. Nous allons ainsi publier l'histoire de Malala, écrite par une journaliste italienne. »

 

 

Salon du Livre et de la Presse Jeunesse à Montreuil (2013)

Stand Gallimard Jeunesse au Salon de Montreuil (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Pour illustrer ses propos, Hedwige Pasquet se saisit d'un exemplaire de Big Nate (Lincoln Peirce) : « Avec ce livre, on trouve un croisement de bande dessinée, de livre illustré et de roman, il y a encore de l'espace pour ce type d'expressions nouvelles. Le champ de la littérature jeunesse s'est étendu au fil des années. »

 

Y compris vers le numérique : « Quand nous avons vu les possibilités offertes par l'iPad en matière de qualité et de rendu de l'illustration, nous avons développé en applications la collection Premières découvertes. Selon moi, la création s'organise comme celle d'un contenu audiovisuel. »

 

Et, forcément, l'ouverture d'une aide à la création numérique jeunesse par le Centre National du Livre survient comme une bonne nouvelle : « Nous travaillons déjà de manière étroite avec le CNL, nous avons développé une quinzaine d'applications, pour lesquelles le CNL a parfois participé. Il est important que le CNL soit partenaire, car il s'agit d'un autre mode d'expression, qui reste pour le moment très élevé au niveau des coûts. D'autant plus que le public est encore habitué à la gratuité dans ce domaine. »

 

Et la qualité, ça n'a pas de prix ?