Le futur de l'édition ? "Même Gutenberg peut le voir" (Seth Godin)

Clément Solym - 06.03.2012

Edition - Les maisons - avenir de l'édition - futur du livre - publication


À plus d'un titre, Seth Godin fait office de mage, ou de devin. L'un des blogueurs les plus influents de la toile, dans le domaine de l'édition ne peut pas lever le petit doigt sans attirer l'attention. Alors quand il ouvre la bouche, pour parler de l'édition et de son futur, on s'assoit, et on écoute. Surtout depuis la décision de Random House d'augmenter drastiquement le prix de vente de ses livres numériques pour les bibliothèques.

 

Mais c'est aussi pour la promotion de Stop Stealing Dreams, un ouvrage traitant des questions d'éducation et de pédagogie, que Steh était invité sur Digital Book World. Passons rapidement.

 

Et revenons sur le Domino Project, qui avait fait scandale : supprimer la publication papier, en passant par de l'impression à la demande. Une avancée inédite, et passablement en avance. Le projet a toutefois fermé, après douze livres qui furent dans les meilleures ventes : pour Godin, cela reste une expérimentation, et en rien une réponse, aux mutations actuelles. 

 

C'est que, selon des prévisions toutes personnelles, Godin avait annoncé une baisse très importante de l'impression de livres d'ici à 2013. « Dans le cas présent, même Gutenberg peut voir ce qui se passe (et il est mort). La chose à comprendre au sujet de l'édition commerciale, c'est que le pourcentage des gros bénéfices vient de la vente de livres de fond de catalogue. Quand ceux-ci disparaissent, ou diminuent, toute l'édition vacille. » 

 

En parallèle, Godin ne se fait pas d'illusions : la possibilité pour tout un chacun de pouvoir publier son livre exerce une influence durable et complexe sur l'édition. Et comme les ouvrages publiés dans le circuit classique ne parviennent plus autant à s'imposer dans le quotidien, la boucle tend à se boucler. 

 

Un auteur débutant aujourd'hui a besoin de se choisir lui-même, de s'imposer dans une niche et d'obtenir le meilleur de lui-même, explique-t-il. Mais toute cette démarche prend du temps. Pour se faire connaître, la gratuité peut être un outil intéressant : après tout, Seth ne fut pas rémunéré dès sa première conférence. « J'ai écrit plus de 4000 billets gratuitement sur mon blog. » Les auteurs qui sont en attente de monétisation immédiate devraient alors chercher un autre moyen de gagner de l'argent, ou ne pas miser du tout sur la gratuité pour faire découvrir leur travail. 

 

Les méthodes existent : faire financer par les internautes, en sollicitant ses fans. Mais le marché est capricieux : « S'il n'y a pas de pénurie du produit qu'ils réclament, il est difficile de les amener à payer pour cela. » 

 

Restait alors à conclure sur la question de la politique tarifaire de Random Hosuse vis-à-vis des bibliothèques. « C'est incroyablement stupide. Les bibliothèques sont comme la radio du livre. Pas vraiment un outil de rentabilisation pour tous, mais un excellent moyen de propager une idée. Je ne pense pas que vous puissiez trouver un seul auteur qui a subi des conséquences nuisibles pour avoir vu son livre trop emprunté dans les bibliothèques. Les ebooks en bibliothèque ont besoin d'être accommodés, pas tués. »