Le gouvernement bouleverse les règles d'import de livre en Australie

Clément Solym - 26.06.2012

Edition - Justice - économie - Australie - librairie


C'est une révolution que le gouvernement australien amorce, dans l'industrie du livre. Depuis des années, le commerce est en effet pris en tenaille par une législation imposant de multiples limitations pour l'importation d'ouvrages. En effet, conformément à la loi, un délai de trente jours doit être respecté par tout libraire, avant de recourir à l'import. 

 

C'est pour protéger les éditeurs que cette période a été instaurée, permettant que le livre soit publié dans le pays, par un éditeur local. Aujourd'hui, donc, un éditeur a 30 jours pour acheter les droits d'un livre étranger, et le proposer sur le marché. Dans le cas contraire, les libraires sont libres de se le procurer en import. En outre, en cas de rupture de stock pour l'éditeur, 90 jours sont accordés pour que le livre revienne sur le marché. 

 

Or, depuis longtemps, cette législation pose un sérieux problème, attendu que les livres importés coûtent moins cher au consommateur. Et par cette mesure protectionniste, les éditeurs de langue anglaise, situés en dehors du pays ne peuvent donc pas vendre leurs ouvrages. Remettre en cause cette législation présentait donc un risque pour l'industrie, assurait-on en juillet 2008. (voir notre actualitté)

 

Or, « Grâce à Internet et la réduction des points de vente, les Autraliens ont accès à des livres moins chers depuis quelque temps », expliquait-on. Ainsi, la mise en place d'un circuit d'importation parallèle aurait « un fort effet dissuasif pour les éditeurs australiens, autant qu'elle restreindrait la découverte et le développement de nouveaux talents » redoutent les autorités.

 

Relue, la législation n'avait, finalement, pas été modifiée, conformément à la décision du gouvernement australien, qui s'était exprimé en novembre 2009. Le ministre des Affaires des consommateurs, Craig Emerson, avait considéré que « dans les circonstances actuelles de la concurrence sur la vente de livres en ligne et des ebooks, le gouvernement a jugé que la modification de la législation régissant l'import de livres aurait probablement une influence peu importante sur la disponibilité des livres en Australie ». (voir notre actualitté)

 

Mais voilà : tout n'est qu'un éternel recommencement. Et manifestement, le gouvernement fédéral vient de décider de mettre en place une nouvelle législation, pour réduire le frein existant destiné à l'importation, rapporte Smartcompagny.

 

Les libraires considèrent en effet qu'un changement, et plusieurs, même, est nécessaire, et qu'une réforme est obligatoire, pour moderniser le secteur. La nouvelle approche consisterait à mettre en place un délai de 14 jours, avant d'autoriser l'importation, et le ministre de l'Industrie et de l'Innovation, le sénateur Kate Lundy, a annoncé la création du Book Industry Collaborative Council, expliquant qu'une concertation de tous les acteurs du livre était nécessaire.

 

« En réduisant la règle des 30/90 jours, à 14/14, les fournisseurs locaux et les libraires pourront accéder à des nouveautés plus rapidement, et cela profitera aux consommateurs australiens, qui seront en mesure d'acheter dans les librairies locales plus rapidement », sans passer donc par des sites de vente en ligne, soit dit en passant.

 

« L'initiative apporte à la commercialisation du livre en Australie plus de conformité avec les dates de diffusion à l'étranger et cela va dans le sens d'un marché australien plus en phase avec les marchés mondiaux. » Et comme l'industrie du livre dans le pays s'apprête à vivre une période difficile, ce nouveau Conseil aura une tâche complexe et importante. Ce dernier aura pour mission de repenser tout l'écosystème, en aidant l'industrie du livre à se transformer. 

 

Pour Steve Cox, directeur général de Dymocks, le libraire australien qui s'est lancé en septembre 2011 sur un service d'auto-édition, considère que tout cela n'est pas encore suffisant. « Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un changement significatif. C'est une étape dans la bonne direction, mais finalement, cela n'assurera pas les modifications que nous cherchons pour nous assurer que nos clients reçoivent leurs livres aussi rapidement que possible, et à un prix compétitif. Afin de maximiser la concurrence dans l'industrie australienne du livre, nous demanderions la suppression des restrictions liées à l'importation parallèle sur les livres imprimés. »

 

Affaire à suivre…