Le gouvernement britannique limite l'entrée des livres en prison

Antoine Oury - 25.03.2014

Edition - Société - prison - livres - Chris Gayling


Au fil des mois, la politique du gouvernement britannique de David Cameron se durcit de plus en plus, et s'éloigne d'un objectif de valorisation de la lecture publique. Le Secrétaire d'État à la Justice Chris Grayling a décrété la fin de la « justice douce », et bannit à présent les livres des prisons britanniques. Les détenus devront désormais faire preuve d'un bon comportement avant de pouvoir recevoir des livres de l'extérieur.

 


Minister for Employment Rt Hon Chris Grayling MP at Labour Market 2020

Chris Grayling, en 2012 (Policy Exchange, CC BY 2.0)

 

 

Le Secrétaire d'État à la Justice est dans la continuité : déjà, en 2013, il avait appelé à la « fin de la justice douce » dans un discours. « Nous devons mettre un terme à un système judiciaire dans lequel les victimes ont le sentiment d'avoir été abandonnées par une justice qui ne punit pas les individus qui le méritent », expliquait-il alors. Dans cette course à la punition, la Grande-Bretagne a désormais une longueur d'avance avec la mise en place d'un système de récompenses pour bonne conduite : les détenus ne pourront recevoir de colis de l'extérieur - livres, vêtements et autres - qu'à la condition d'avoir un comportement irréprochable, jugé par les critères des autorités pénitentiaires.

 

Pourtant, les bibliothèques des prisons britanniques ne sont pas plus fournies que les bibliothèques pénitentiaires françaises : les ouvrages sont issus de différents dons de particuliers, et sont donc généralement de seconde main, en mauvais état et bien souvent obsolètes. Peu importe, assure le Secrétaire d'État à la Justice.

 

Ces nouvelles mesures de détention ont évidemment fait réagir, dans la mesure où le livre semble un des instruments les plus efficaces de réinsertion, ou au moins de survie en prison, pour des individus souvent en décrochage scolaire, voire totalement illettrés. Le romancier Tim Finch a comparé la situation de son pays avec celle du Brésil, « où les détenus obtiennent quatre jours de remise de peine pour chaque livre lu ».

 

Mesure "fourbe et criticable"

 

Frances Crook, directrice exécutive de la Howard League for Penal Reform, qui milite pour les droits des citoyens détenus, a vivement critiqué cette mesure : « Le bannissement des livres est d'une certaine façon la mesure la plus critiquable et la plus fourbe de ces nouvelles règles. Les bibliothèques des prisons sont achalandées par les autorités locales et sont souvent de bonne qualité, mais tellement de bibliothèques rationalisent leurs budgets, actuellement, que le premier poste à en faire les frais sera le fond des prisons », a-t-elle expliqué.

 

Une pétition a été mise en ligne sur Internet, et a reçu un grand nombre de signature en moins de 24 heures. Elle rassemble actuellement plus de 12.000 signataires, même si le Secrétaire d'État a pleinement assumé les nouvelles mesures, face aux critiques.

 

Des auteurs, comme Philip Pullman, Neil Gaiman, Mark Haddon ou Ian Rankin, se sont vivement opposés à cette décision du gouvernement britannique, qualifiée notamment de « répugnante et révoltante ». L'opposition britannique a également critiqué ces nouvelles mesures.

 

Au Salon du Livre de Paris, Aurélie Filippetti a évoqué cette question de la lecture dans les établissements pénitentiaires, en indiquant dans son discours que le Centre National du Livre débloquerait une enveloppe d'un million d'euros pour favoriser l'accès au livre des personnes empêchées, parmi lesquelles se trouvent les détenus. « Le livre est un outil de réinsertion pour les détenus », a-t-elle souligné.